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THE RASPBERRY REICH de Bruce LaBruce : rêves de révolution

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Avec The Raspberry Reich, Bruce LaBruce délivre une de ses oeuvres les plus insolentes et originales. Révolution et passions entre garçons entre deux slogans chocs. Cultissime.

Il faut d’abord préciser que The Raspberry Reich existe dans deux versions. La première qui prend un peu plus le temps de poser les personnages, qui comporte des passages explicites mais s’amuse à faire quelques collages délirants (comme des têtes de politiciens peu aimés sur des manches). Et la seconde, intitulée The revolution is my boyfriend qui avance un peu plus vite dans l’intrigue mais prend plus de temps pour montrer, avec une mise en scène des ébats diablement efficace, les rapprochements entre les acteurs. D’une version à l’autre, les slogans changent et on peut regarder les deux films avec plaisir l’un après l’autre. S’il faut faire un choix, on recommandera tout de même la version complètement explicite car elle garde l’essence de l’oeuvre tout en s’imposant comme une des meilleures oeuvres « adultes » de la décennie 2000.

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Avec ce long-métrage, le réalisateur raconte les aventures de jeunes gens qui décident de continuer le travail de la RAF (plus connue sous le nom de « La bande à Baader »). Scène d’ouverture : un garçon, Che (Daniel Fettig) lèche un flingue puis contemple et caresse une carabine pendant qu’un couple hétéro, Gudrun (Susanne Sachsse) et Holger (Daniel Bätscher), s’envoient furieusement en l’air.  Les personnages du film comptent bien participer à une révolution : le Raspberry Reich (en hommage à Wilhelm Reich) est en marche !

Haine du capitalisme, de la société de consommation, des modèles imposés : tout est à détruire pour mieux reconstruire. La révolution ici doit avant tout passer par le corps, le sexe. Gudrun entraine son compagnon hors de leur appartement pour une partie de jambes en l’air dans l’ascenseur de leur immeuble, bousculant ainsi un couple de vieux voisins qui assistent médusés au spectacle (mais après le choc, le couple de bourgeois âgés s’enverra en l’air, excités par ce qu’ils ont vu).

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Hyper provoc comme à son habitude, Bruce LaBruce mêle comme personne sexualité et politique. L’esthétique de ce long-métrage est particulièrement puissante et stimulante. C’est très clipesque, avec des effets stroboscopiques, des inserts dans tous les sens. Le cinéaste se réappropie les « artifices de propagande » pour une oeuvre pop toujours surprenante.

L’intrigue s’articule autour du projet fou de Gudrun, meneuse de bande avec sa perruque blonde, qui consiste à kidnapper Patrick (Andreas Rupprecht), le fils d’un riche industriel, pour exercer sur son paternel un chantage qui amènerait à fragiliser le capitalisme. Mais tout ne va pas se passer comme prévu, Patrick entretenant une liaison secrète avec un des révolutionnaires, Clyde (Anton Z. Risan). Alors que le plan de Gudrun part en fumée sans même qu’elle s’en rende compte, continuant à propager ses discours solennels, la révolution sexuelle, elle, a bien lieu.

Gudrun est convaincue que pour faire la révolution, il faut déjà faire valser les étiquettes sexuelles. Elle ordonne ainsi à son compagnon Holger de coucher avec son ami Che. L’homosexualité apparaît alors comme un acte engagé, une façon de dire non à l’hétérosexualité dominante, à l’image de la représentation du couple, trop lisse et ennuyeuse. Inutile de préciser que les deux garçons, qui jusqu’alors se contentaient de pratiques hétéros, vont particulièrement prendre leur pied.

Et progressivement, ce sont tous les mecs qui entourent Gudrun qui vont gouter aux plaisirs entre hommes, plus seulement pour délivrer un message. La blonde artificielle se retrouve alors malgré elle entourée de gays.

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Bruce LaBruce n’aime pas le mainstream, a en horreur tout ce qui est lisse. Ses films montrent toujours à quel point il aimerait que l’homosexualité ne rentre pas dans une quelconque norme. Pas de mariage pour les gays, pas de modèle calqué sur celui hétéro. L’homosexualité semble être à ses yeux la possibilité d’un autre mode de vie, plus libre. Une façon underground de vivre sa vie en quelque sorte. Dans The Raspberry Reich il questionne par exemple le rapport à la fidélité, Clyde refusant que son amant et captif Patrick couche avec un de ses amis. Gudrun lui fait remarquer que c’est aussi ça, faire la révolution : ne plus vouloir que notre partenaire nous appartienne, le laisser libre de jouir avec qui il souhaite.

Complètement décalé et inventif, ce long-métrage mêle brulot politique, comédie queer et x pour un résultat aussi fascinant, ludique que détonnant. L’excellente bande-originale aux sonorités électro magnifie les étreintes ; de nombreux slogans révolutionnaires à prendre à on ne sait quel degré s’accumulent à l’écran. La révolution passe aussi par l’image, l’esthétique du film, très photographique.

Ce que réussit avec brio Bruce LaBruce, est de délivrer un film qui ouvre à pas mal de réflexions sur notre société déchue, tout en y insufflant beaucoup d’humour. Gudrun apparaît plus d’une fois comme ridicule, prônant la liberté mais accumulant les comportements doucement fascistes. De même, à l’image, tout apparaît comme très pop, bubble gum, presque mainstream donc, alors que c’est exactement ce que le film dénonce. Ou plutôt The Raspberry Reich est une alternative mainstream, où le x, la sexualité crue, se montreraient naturellement. C’est au final aussi amusant qu’excitant et très maitrisé malgré le côté patchwork de l’entreprise.

Multitude de répliques inoubliables, de slogans délicieusement provocants, de mecs sexy (on retrouve entre autres le jeune Dean Monroe) et d’utopies : c’est indiscutablement un des films les plus cool et débridés de LaBruce.

Film produit en 2004 / Trouvable en import DVD d’occasion 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)