FICTIONS LGBT

TOUT CONTRE LÉO de Christophe Honoré : famille et Sida

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Une famille unie, en Province. Le père, la mère, les trois garçons proche de la vingtaine et leur petit frère Marcel (Yanis Lespert), âgé de 12 ans. Leur quotidien va être chamboulé par l’annonce d’un des fils, Léo (Pierre Mignard). Il a le Sida. La famille décide d’affronter la nouvelle « entre adultes », préférant cacher la vérité au petit Marcel. Mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que ce dernier a entendu leur conversation et en a marre qu’on le  mette à l’écart, même si c’est pour le préserver. Avec ses yeux d’enfants, Marcel va découvrir la maladie, la mort, mais aussi le désir…

tout contre léo film

Avant d’être cinéaste, Christophe Honoré était déjà connu pour son activité d’écrivain. Il a ainsi, entre autres, écrit plusieurs livres pour enfants. Des livres assez particuliers puisqu’à l’image de Tout contré Léo, ils évoquent des sujets parfois sensibles comme la mort ou le Sida. L’adaptation de cette histoire fut commandée par M6 qui au final ne diffusera pas le film à cause d’une scène de sexe gay jugée trop explicite. Tout contre Léo est donc sorti directement en DVD. Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne s’agit pas du tout d’un téléfilm comme les autres. On sent bien la volonté de Christophe Honoré de se démarquer du formatage souvent imposé par la télévision à l’époque que ce soit dans le fond comme dans la forme. Tourné juste avant 17 fois Cécile Cassard, Tout contre Léo est son vrai premier film. Il y a là une véritable excitation de jeune cinéaste qui s’amuse avec sa caméra. Zooms, panoramiques, travelings : les plans s’enchainent et ne se ressemblent pas. Christophe Honoré semble chercher la marque de son cinéma et on retrouve déjà , surtout dans le scénario co-écrit avec son ami Diastème, beaucoup de ses obsessions.

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Il y a déjà le thème de la mort qui traversera tout le cinéma de l’auteur. Aussi l’envie de filmer la famille. Et enfin, le désir. Au détour d’une scène onirique, sur un banc face à la Place de la Bastille, on retrouve Alex Beaupain qui vient chanter un morceau qui sera des années plus tard dans Les chansons d’amour.

Portrait d’une famille qui ne sait pas comment réagir face à l’annonce d’une maladie potentiellement mortelle sur l’un de ses enfants, Tout contre Léo tient à montrer les liens plus ou moins honnêtes, plus ou moins pudiques, entre chaque membre. Mais c’est surtout la relation entre Léo et le petit Marcel qui est creusée. D’un côté un jeune homme qui sent que sa vie peut s’arrêter, de l’autre un petit garçon qui a la vie devant lui. A un moment, Léo emmène son petit frère en virée à Paris. C’est là qu’il prend la décision de ne pas être prisonnier de sa maladie, au risque de mourir. C’est là aussi qu’il va retrouver un ancien amant pour lui dire qu’il l’aime. Mais il est trop tard, cet ancien amoureux ne veut plus de lui. Il n’osera pas lui dire qu’il est séropo. Pas plus qu’à cet inconnu rencontré dans l’hôtel où il loge, avec qui il aimerait pouvoir coucher avant d’être envahi par la peur.

Cette œuvre intime donne une étrange sensation de flottement. Les tranches de vie se succèdent, souvent touchées par la grâce, entre mélancolie et tristesse. Jamais larmoyant, témoignant d’une très grande sensibilité, opposant deux regards passionnants (celui d’un garçon qui va peut-être quitter ce monde et celui d’un enfant qui observe plus ou moins en secret), Tout contre Léo aborde avec beaucoup de sincérité et de liberté le sujet délicat du Sida à la fin des années 1990 – début des années 2000.

Film produit en 2002 et disponible sur la plateforme de Films LGBT Queerscreen

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)