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ULTRA RÊVE : 3 courts-métrages français qui tranchent

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Le duo Caroline Poggi et Jonathan Vinel, Yann Gonzalez et Betrand Mandico sont à l’honneur dans cette petite compilation regroupant trois de leurs courts-métrages intitulée « Ultra rêve ». Si cette collection célébrant un cinéma français onirique et audacieux a été saluée par la critique, posons tout de même un léger avertissement.

Ce cinéma-là, comme tout cinéma qui cherche et expérimente, tranche et ne plaira définitivement pas à tout le monde. C’est sa qualité et une de ses limites : l’ensemble peut parfois paraître un peu indigeste tant la mise en scène déroute, triture et joue avec notre imaginaire, notre inconscient. Certains auront vite fait de trouver ça poseur, irritant de par ses artifices assumés, une abstraction jusqu’au boutiste et un côté très « hipster / parisien / branchouille / « tema comment je suis subversif ». Il y a de ça c’est vrai, on peut regretter par moments que tout ce talent ne soit pas mis au service d’intrigues plus lisibles et accessibles. Mais on ne va pas jeter la pierre aux artistes qui composent cet ensemble hypnotique et libérateur, constituant un geste de cinéma singulier, fort, et dont la radicalité peut aussi émerveiller.

Le premier film, « After School Knife Fight » signé de Caroline Poggi et Jonathan Vinel est sans doute le plus universel. Le portrait d’une bande d’amis dans un trou paumé qui s’apprête à voir partir leur élément central, la belle Laëtitia. Fin définitive de l’adolescence, sentiments rentrés, peur du futur, du changement, d’une vie adulte possiblement sous le signe du renoncement.

C’est un groupe d’amis et un groupe tout court, qui se réunit le soir pour répéter et s’évader en musique. L’ensemble est teinté de mélancolie, d’émotions et de sensations qui ont du mal à sortir des bouches. L’effet d’une pop song entêtante et un poil déchirante.

ultra reve film

Le second court-métrage est réalisé par Yann Gonzalez dont on a ici beaucoup aimé les autres films courts et longs (dont « Les rencontres d’après minuit » et « Un couteau dans le coeur »). « Les Iles » est sans doute une de ses oeuvres les plus abstraites, un drôle de trip qui s’amuse en permanence à perturber le spectateur en jouant sur des sensations contradictoires. A un érotisme facile s’oppose brusquement des éléments possiblement répulsifs. L’ordinaire se frotte au bizarre ou à la monstruosité, ce qui parait réel devient rêve et inversement. On est pas sûr de tout comprendre, on ne sait plus trop sur quel pied danser et on se retrouve un peu comme dans un étrange songe érotique où l’inconscient prime. Les genres s’estompent, les pulsions sexuelles et amoureuses embrasent.

C’est comme un curieux labyrinthe de cinéma, entre vie et mort, désir d’absolu et tristesse infinie. Le tout saupoudré d’un fétichisme bizarroïde. C’est surtout complètement hypnotique pour le coup, presque lynchien serait-on tenté de dire.

ultra reve film

Fin du programme « Ultra rêve » avec « Ultra Pulpe » de Bertrand Mandico. Son long-métrage « Les garçons sauvages » nous avait marqué, étonné, déconcerté et on retrouve tout ça ici. C’est complètement perché, zinzin, on finit par ne plus rien comprendre et pourtant on s’accroche à cette orgie d’images entre kitsch total, mauvais goût et sublime. Les couleurs pètent, des chemins s’ouvrent comme des coups d’éclair, on est propulsé complètement ailleurs.

ultra reve film

La mise en scène est assez folle et éblouissante et c’est à elle qu’on se cramponne alors que le chaos règne sur l’écran, explorant des fantasmes déviants entre deux traits d’humour. Un côté punk, un côté pop. Une certaine naïveté mélangé à une forme de nihilisme. Comme chez Gonzalez, hypnose et rêve, abstraction et inconscient, l’impression de s’oublier complètement devant l’écran sans trop comprendre ce qui nous arrive. Ca provoque des choses, ça se joue des attentes, ça ose un peu tout et oui c’est jouissif.

Sorti en salles le 15 août 2018

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)