FICTIONS LGBT

UN COUPLE PRESQUE PARFAIT de John Schlesinger : une autre famille

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Abbie (Madonna) essuie un nouveau revers dans sa vie sentimentale en se faisant plaquer par son petit ami Kevin (Michael Vartan). Heureusement, son meilleur ami gay, Robert (Rupert Everett), est là pour la consoler. Lui aussi traverse une petite période de bouleversement puisque l’un de ses amis vient de mourir. Se soutenant l’un l’autre, les deux célibataires finissent par se changer les idées le temps d’une soirée très arrosée. Emportés par un soudain débordement de tendresse, ils s’embrassent… et couchent ensemble !

Le lendemain, Robert est particulièrement gêné et se conduit comme un mufle. Après une petite période de froid, Abbie revient le voir pour faire la paix et lui annonce une nouvelle pour le moins inattendue : elle est enceinte et le bébé est de lui ! Robert, qui n’avait jusqu’alors jamais envisagé la possibilité de devenir père, est sonné et fou de joie. Se fichant du regard des autres, renforcés par leur complicité à toute épreuve, les deux meilleurs amis emménagent ensemble et élèvent leur enfant qu’ils appellent Sam.

Les premières années constituent un véritable bonheur. Mais petit à petit, ce couple qui n’en est pas un, finit par ressentir une certaine frustration. Partageant une liaison avec un homme qui attend qu’il s’engage davantage, Robert sacrifie sa vie intime pour se focaliser sur Sam. Quand Abbie rencontre à son tour un homme plein de promesses, Ben (Benjamin Bratt), elle n’agit pas du tout de la même manière. Instantanément très enthousiaste et impliqué, Ben commence à jouer le rôle de deuxième papa et attise la jalousie et les craintes de Robert. Alors qu’Abbie tombe folle amoureuse de lui, ses relations avec son meilleur ami se compliquent, remettant en cause la famille qu’ils formaient jusqu’alors…

un couple presque parfait film

Sorti lors de l’année 2000, Un couple presque parfait (The next best thing en VO) abordait avec une certaine audace la question d’une famille « différente » de la définition classique, du cliché que les âmes bien pensantes veulent lui donner. Soit l’histoire d’un gay et de sa meilleure amie qui décident de fonder un foyer ensemble. Une utopie qui va peu à peu se heurter aux aléas de la vie. S’il est très classique dans sa forme, le film de John Schlesinger (Sunday Bloody Sunday, Macadam Cowboy) aborde des questions intéressantes. Comment fonder une famille avec quelqu’un avec lequel on ne partage aucune intimité sexuelle ? Comment dès lors concilier intérêt de l’enfant et besoin personnel d’une vie sentimentale ? Euphoriques, Abbie et Robert refusent de voir dans un premier temps les obstacles qui pourraient se présenter à eux. Mais ces derniers vont finir par leur sauter au visage. Si Robert reste fidèle à son engagement quitte à être un poil malheureux par moments, Abbie s’engage très vite quand elle trouve un nouvel objet d’affection. C’est alors que se profile pour elle la tentation d’une famille plus « ordinaire », avec un homme qui l’aime y compris charnellement.

Le scénario joue habilement sur les non-dits, les douleurs sourdes du personnage de Robert qui jalouse l’image d’une famille typiquement américaine et lisse qui est en train de prendre forme sous ses yeux et dont il se sent exclu. Il a peur d’y perdre sa place, réagit mal et finit par engendrer son propre malheur. Dans sa deuxième partie, le métrage s’obscurcit considérablement, les jours heureux laissant place à une bataille pour faire valoir les droits de Robert vis à vis de l’enfant qu’il a élevé. Les personnages se montrent alors sous leur pire facette, capable de coups bas particulièrement cruels. La grande qualité du film est de montrer chacun dans sa dualité, sans vouloir être bien pensant, trop lisse. Abbie comme Robert se comportent parfois très mal, de façon égoïste. Ils sont tout simplement perdus entre leur relation singulière, leurs aspirations personnelles respectives et leur conception d’une certaine normalité.

un couple presque parfait film

Bien écrit, Un couple presque parfait peut aussi compter sur un beau duo d’acteurs. Madonna et Rupert Everett sont parfaits, naturels, émouvants. Etrangement, lors de sa sortie en salles le film avait été raillé et avait même été nominé aux Razzie Awards. C’est pourtant, en dépit d’une mise en scène assez banale, une œuvre qui aborde avec intelligence des sujets encore sensibles aujourd’hui, qui permet d’ouvrir le débat sur l’évolution de la famille. Un film qui vieillit plutôt bien au fil des ans en somme.

Film sorti en 2000 et disponible en DVD

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)