CINEMA

UNE INTIME CONVICTION d’Antoine Raimbault : obsession de vérité

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Pour son premier long-métrage, Antoine Raimbault frappe fort avec Une intime conviction, (très) librement adapté de l’affaire Viguier et porté par un duo d’acteurs au top de leur forme. Marina Foïs et Olivier Gourmet trouvent en effet là tous les deux un de leurs plus grands rôles avec ce thriller judiciaire sous haute tension.

Le film part sur l’annonce du procès en appel de Jacques Viguier (Laurent Lucas), un homme suspecté d’avoir assassiné sa femme dont personne n’a jamais retrouvé le corps. Nora (Marina Foïs) ,qui travaille en cuisine dans un restaurant, est particulièrement touchée par le cas de cet homme qu’elle ne connait que de loin (la fille de Viguier vient donner des cours particuliers de Mathématiques à son fils). Craignant que ce second procès finisse en erreur judiciaire, Nora fait tout son possible pour convaincre un ténor du barreau, Eric Dupond-Moretti (Olivier Gourmet), de le défendre. Elle lui remet un dossier extrêmement détaillé et complet sur lequel elle a travaillé.

D’abord réticent, l’avocat finit par se laisser convaincre. Il est parvenu à récupérer des centaines d’heures d’écoutes téléphoniques de la ligne d’Olivier Durandet (Philippe Uchan), qui était l’amant de la femme de Viguier avant que celle-ci ne disparaisse. N’ayant pas le temps de tout écouter, il transmet cette tâche à Nora qui se plonge alors dans une sorte de spirale obsessionnelle. Complètement absorbée par cette affaire, elle finit par ne plus vivre que pour faire éclater la vérité et se persuade de plus en plus que Durandet est non seulement un manipulateur qui a tout fait pour accuser à tort Viguier mais qu’en plus il pourrait être lui-même l’auteur du crime.

Alors qu’elle consacre de plus en plus de temps à son enquête, Nora perd pied, délaissant son travail et son fils…

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Au départ, on se dit que la réalisation est assez classique et que ce sont les acteurs et le scénario qui vont surtout porter l’ensemble. Mais plus on avance et plus on constate le talent d’Antoine Raimbault qui ne laisse au spectateur pas une seule seconde de répit. On est complètement en apnée face à cette affaire qui engendre de nombreux rebondissements et doutes.

Une intime conviction est avant tout le portrait de l’obsession de Nora, femme à priori ordinaire qui se passionne jusqu’à la déraison pour une affaire qui ne la concerne pourtant même pas directement. A force de suivre son regard, on se met à être comme elle, animé par une folle envie de justice, de faire tomber Durandet. Même si on sent bien que le personnage, à force de ne plus vivre que pour cette enquête, n’a plus le recul nécessaire et cède à l’excès.

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C’est là que le métrage devient vraiment captivant, livrant une réflexion intelligente sur cette pulsion très forte que l’on peut avoir face à ce qu’on estime être une vérité. On se bat pour cette vérité, pour des valeurs, pour la justice comme on l’entend sans forcément réaliser que la vérité est complexe et nous dépasse parfois. Travaillant d’abord main dans la main, Nora et Dupond-Moretti vont finir par s’opposer. L’avocat apporte aux obsessions de l’enquêtrice amateure un contrepied brutal mais sage.

En filigrane se dessine une oeuvre bien plus profonde qu’elle n’en a l’air sur à la fois la monstruosité de chacun mais aussi celle des idées, des concepts, qui peuvent parfois nous pousser à mener des combats loins d’être aussi sains et limpides qu’ils ne paraissent.

Le casting est impérial, le rythme soutenu, le propos plein de contrastes et intelligent. Une des très bonnes surprises du cinéma français de ce début d’année.

Film sorti le 6 février 2019

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)