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VELVET GOLDMINE de Todd Haynes : rêves de glam

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Angleterre, années 1970.  Le glam rock fait sensation et Brian Slade (Jonathan Rhys Meyers) en est le plus grand emblème, squattant des mois et des mois les tops des ventes de disques. Si on l’adule pour sa musique, c’est aussi le personnage qu’il s’est créé qui fait l’événement. Sous les traits de son double Maxwell Demon, il incarne l’ambiguïté sexuelle, marié à une femme, Mandy (Toni Collette) et ayant une liaison publique et impudique avec Curt Wild (Ewan McGregor) , star de rock venant de New York. Paillettes, bisexualité, orgies, drogues… Brian Slade, à l’apogée de son succès, s’attire les foudres de son public après avoir mis en scène son propre assassinat, pour de faux. Une blague morbide qui choque et qui le discrédite. Il finit par disparaître.  10 ans plus tard, dans le New York des années 1980, Arthur Stuart (Christian Bale), journaliste au Herald Tribune, est chargé d’enquêter sur le mystère Slade et de tenter de découvrir ce qu’il est devenu. Ancien fan de la star, qui a énormément comptée dans sa vie (l’aidant notamment à assumer son homosexualité), Stuart prend le sujet très à cœur. Au fil de son enquête se mêlent témoignages, souvenirs et rêveries…

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Hommage au glamrock et à ses icônes, Velvet Goldmine (titre emprunté à un morceau de David Bowie) nous replonge dans l’Angleterre des années 1970 de façon on ne peut plus euphorisante. L’énergie qui porte le film de Todd Haynes s’apparente à celle des fans. Tout va très vite, défile comme un rêve et si tous les personnages ici sont fictifs, ils font écho à des mythes qu’on peut aisément reconnaître (Brian Slade est une sorte de Bowie période Ziggy Stardust, Curt Wild est inspiré de Lou Reed ou Iggy Pop…). Pour nous ramener à une période connue ou fantasmée, le cinéaste ne fait pas dans la demi-mesure : débauche de costumes hyper colorés, affriolants, esthétique fidèle aux clips de l’époque. Ce qui aurait pu finalement ressembler à un long clip de 2h se révèle être un incroyable divertissement, une sorte de conte intemporel. On est à mille lieux du classique biopic, du portrait sage et distancié d’une époque. On est juste dedans et Velvet Goldmine est une véritable invitation à se perdre entre souvenirs, hommages , rêveries et  autres mystères. On y trouve des morceaux de The venus in furs, Slade, Brian Eno,  Lou Reed ou Paul Kimble. Et le film d’embrasser le courant qu’il évoque,  sa liberté, son insolence.

Défier les convenances, faire voler les étiquettes, se consacrer au plaisir. Hommage en début de film à Oscar Wilde puis plongée dans la scène « glitter » des 70’s. Au cœur du film : Brian Slade. On découvre sa vie : petit garçon brimé, jeune homme séducteur et vénéneux puis, une fois croisé un producteur à la hauteur de ses rêves les plus fous, star fascinante et provocante, clamant sa bisexualité et multipliant les facéties en conférence de presse. Comme on pouvait s’en douter, Brian est toxique, pour lui et pour les autres. Après avoir comblé de bonheur sa  femme Mandy, il la délaissera pour Curt Wild, un artiste pour lequel il avait eu le coup de foudre. Passion destructrice, jusqu’au point de non retour.  Pour le meilleur ou pour le pire, Brian a fasciné son monde, ses proches, ses fans, le temps d’une décennie. Nous voyons à quel point même sans le savoir il a pu changer des vies. Arthur Stuart, fan de l’ombre, en est le parfait exemple. Au fil de son investigation, il retrouve la flamme de son adolescence, la puissance de ses premiers  fantasmes.

Bien plus qu’un hommage, Velvet Goldmine est une véritable aventure, une déclaration d’amour à un mouvement autant qu’à la musique. Un beau film sur la mémoire, la passion, le mystère de l’art et l’épreuve du temps. Il en émane beaucoup de choses , d’émotions, de sensations que l’on peine à qualifier.  On en ressort sonné… comme en se réveillant d’un rêve.

Film sorti en 1998. Disponible en DVD et VOD. 

Blog rédigé en solo par Gaspard Granaud. Avec la précieuse aide de Pierre pour la période avril-mai 2022, merci <3