FICTIONS LGBT

VIOLET TENDENCIES de Casper Andreas : pépite de comédie

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Manhattan. Violet (Mindy Cohn) est entourée d’hommes qui l’aiment. Problème : ils sont tous gays. Cela fait des années qu’elle passe tous ses week end dans des bars gays, voyant ses amis tomber amoureux ou accumuler les plans débridés. Une vie de fête, d’alcool, d’amusement. Le milieu gay, Violet l’adore, y trouvant une énergie et une fantaisie qui comblent un vide affectif qui commence à lui peser.

A quarante ans, elle est la dernière « fille à PD » à traîner dans les soirées et réalise que si elle veut elle aussi trouver chaussure à son pied, il va peut-être falloir remettre sa vie en perspective. Mais comment faire alors qu’absolument tout dans sa vie la ramène au monde LGBT ? Elle travaille dans la mode entourée de collègues gays, est en colocation avec un gay… A force, elle se comporte elle-même comme un cliché homo, parlant de sexe et de plaisir anal quand elle a un rendez-vous avec un compagnon potentiel dans un restaurant.

Rentrant seule chez elle à chaque fin de soirée, alors que tous ses camarades ont trouvé leur bonheur, il ne lui reste que la drague par téléphone. Elle entretient ainsi des correspondances téléphoniques torrides, un sextoy à la main… A force d’essuyer les refus, de faire fuir les hommes qu’elle tente de séduire, Violet est au bord du désespoir. Elle accepte alors de se faire coacher par une de ses collègues, la bombe sexuelle anorexique Salome (dont elle emprunte le nom comme pseudo quand elle drague par téléphone). Salome lui prouve qu’à force de traîner avec des homos, elle est devenue elle-même tellement queer qu’elle effraie les hétéros avec lesquels elle aimerait vivre une histoire d’amour ! Violet tente alors de changer : fuyant les soirées gays, essayant avec maladresse d’aller dans des bars « straight », de ne plus parler comme une charretière, d’être plus subtile, calme, ouverte aux hommes simples.

Ses efforts finissent par payer : elle entame une relation avec un homme ordinaire et romantique, Vern (Armand Anthony), architecte qui l’entraîne dans des visites de colonnes tôt le matin, qui lui fait découvrir un quotidien plus posé. Mais Vern ignore le passé festif de Violet et n’est pas du tout attiré par le monde gay. Alors que leur relation se fait de plus en plus sérieuse et qu’elle ne voit presque plus ses amis, Violet va devoir faire un choix : changer définitivement de vie pour former un couple hétéro « bien comme il faut » ou céder aux éternelles sirènes du milieu gay et de la fête…

violet tendencies film

Avec beaucoup d’humour et de tendresse, l’acteur et réalisateur Casper Andreas livre avec Violet Tendencies le portrait tragi-comique d’une fille à PD en quête du grand amour. Ce personnage est interprété par la pétillante Mindy Cohn, dont on tombe instantanément amoureux. A quarante ans, Violet est bien forcée d’admettre qu’elle vit dans un monde de fête mais qu’au petit matin il ne lui reste jamais grand chose. Sa vie tourne autour de ses relations amicales avec des gays qui sont soit en couple ou qui profitent sans retenue des plaisirs de la chair. Violet, elle, doit se contenter de son toy, son pot de beurre de cacahuète et des petits plans téléphoniques. La réalité commence à la rattraper : les hommes la fuient, elle n’a pas le physique le plus passe-partout pour séduire les célibataires de la city, son mode de vie détonne avec ce que les hommes désireux de se caser recherchent.

Quel mâle hétéro de quarante ans accepterait de se mettre en couple avec une femme qui passe ses week end dans des clubs organisant des soirées cruising gay ? L’éternelle célibataire rêverait de trouver son alter ego : un homme hétéro adorant l’énergie et la liberté des soirées gays. Mais un tel homme peut-il exister ? Peinant à trouver chaussure à son pied, Violet essaie de changer son mode de vie. Ce changement lui permet de trouver, pour la première fois depuis longtemps, un homme charmant et attentionné, qui lui porte un amour véritable. Mais si elle s’épanouit dans sa nouvelle vie de couple, goûtant au bonheur d’être aimée, de se poser, Violet s’ennuie, regrette de ne plus faire que des « cameos » dans les soirées débridées de ses amis gays.

violet tendencies film

Casper Andreas déjoue avec malice les codes de la comédie romantique. Si Violet finira bien par trouver son prince charmant, ce ne sera pas pour une histoire d’amour comme on en voit dans les contes de fées. C’est que le réalisateur et scénariste est adepte des histoires joyeusement barrées, et qu’il n’est pas du genre à se ranger du côté de la bonne morale.

Ode à l’amitié, la liberté et la différence, Violet Tendencies dévoile des personnages tiraillés entre leur envie de profiter de la vie et le besoin de se poser, d’avoir quelqu’un sur qui compter. Violet est entourée de plusieurs personnages gays secondaires (déjà vus dans les précédents films de Casper Andreas) dont les questionnements font écho au sien dans le sens où ils cherchent à mêler plaisir et responsabilité, fête et vie d’adulte. Luke (Jesse Archer) est amoureux de Darian (Adrian Armas) mais n’a pas envie d’être monogame. Riley (Samuel Whitten) est heureux en ménage avec son compagnon Markus (Casper Andreas) mais est pris d’angoisse quand ce dernier se met à éprouver un désir d’enfant de plus en plus fort. Continuer de s’amuser tout en ayant une vie un minimum sécurisée, mature, n’est pas chose aisée…

Le sujet aurait pu être développé de façon très premier degré mais Casper Andreas a choisi de le traiter sous l’angle de la comédie survoltée. Les répliques et situations hilarantes s’enchaînent, l’écriture est souvent brillante, les personnages tous hyper attachants, les comédiens jolis et plutôt bons. Si, comme souvent chez ce cinéaste, la réalisation est assez lambda, le charme de l’ensemble et un scénario culotté emportent tout sur leur passage. C’est peu dire qu’on passe un excellent moment devant cette comédie indépendante sentimentale qui se fiche des normes et utilise de façon jouissives tous les clichés.

Film sorti en 2010 et disponible sur la plate-forme de Films LGBT Queerscreen 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)