CINEMA

WAVES de Trey Edward Shults : vagues de la vie

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La critique française n’a bizarrement pas encensé « Waves » qui est sorti en France en toute discrétion. Le nouveau long-métrage du réalisateur Trey Edward Shults est pourtant, artistiquement parlant, l’une des bombes cinés de ce début d’année entre une mise en scène forte et une bande-originale d’exception.

Etats-Unis, une famille afro-américaine. Ronald (Sterling K. Brown) mène sa famille à la baguette. Il a réussi dans la vie, vit dans une immense demeure mais n’a pas oublié d’où il vient. Il est tout le temps derrière son fils, Tyler (Kelvin Harrison Jr.) pour que celui-ci réussisse aussi bien dans ses études que dans ses activités sportives. Pour lui, il veut le meilleur sinon rien. Et il lui martèle dès que l’occasion se présente qu’aujourd’hui encore quand on est noir, il faut tout faire dix fois mieux que les autres pour se faire une place.

Élevé dans le dépassement de soi, Tyler file droit même si souvent il rêverait de glander un peu comme les autres ados de son âge. Les choses se compliquent sérieusement quand il découvre que suite à une blessure sportive il va devoir arrêter ses compétitions. Tétanisé à l’idée de décevoir son père, il décide de ne pas en parler et de continuer la lutte au risque de se mettre gravement en danger. A cette menace physique s’ajoute une nouvelle qu’il n’avait vraiment pas vue venir : sa petite amie Alexis (Alexa Demie) lui annonce qu’elle est enceinte. Et elle n’est pas certaine de vouloir avorter. Tyler voit rouge : s’il ne peut plus faire de sport et qu’il devient en plus papa et doit arrêter les études, travailler pour subvenir aux besoins d’un nouveau né, il va tout rater aux yeux de son propre père. Hautement sous pression, le jeune homme commence à perdre pied. Un terrible incident va survenir, qui va faire basculer sa propre existence comme celle de ses proches…

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Dès les premières minutes du long-métrage on est complètement emporté par une mise en scène aérienne à souhait. C’est peu dire que Trey Edward Shults sait filmer et il nous en met plein les yeux. La force de sa réalisation brille aussi bien par des parenthèses artificielles pop atmosphériques que par sa façon de renforcer la moindre émotion. On est propulsé dans le quotidien de Tyler qui va à toute vitesse. Il n’a aucun répit et doit assurer à tous les niveaux pour contenter son père intransigeant. Sa famille a été marquée par la disparition de sa mère. Le père s’est remarié avec une femme avec laquelle il est aussi exigeant qu’avec ses enfants.

Le scénario a le mérite d’être franchement imprévisible et quelque chose éclate au coeur du film et nous laisse sans voix. Le drame qui survient est terrible et permet de soulever de nombreuses interrogations sur le poids et les conséquences d’une masculinité toxique. En arrière-plan, il y a aussi le thème de la foi, du Bien et du Mal, de la rédemption, du pardon. Waves interroge l’humain, ses fêlures, sa monstruosité. C’est dense, profond et le tout est transcendé par une mise en scène à couper le souffle du début à la fin.

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La deuxième partie ressemble un peu à une sorte de gueule de bois. La forme de l’écran se transforme, le rythme change complètement. Fin de la vitesse, de l’excitation, des pulsions, du stress. On passe à quelque chose de plus lent, mélancolique, presque fantomatique. Et le personnage de Tyler s’efface pour laisser place au parcours de sa petite soeur Emily (Taylor Russell McKenzie). Jusqu’alors, elle n’existait presque pas dans le film comme au sein de sa famille et elle est subitement mise au centre. On suit sa reconstruction, du chaos vers la lumière de l’amour. Cet amour se matérialise à travers un très beau personnage masculin tendre et sensible, Luke, interprété par le toujours génial Lucas Hedges.

Ce portrait intense d’une famille ressemble à de véritables montagnes russes émotionnelles et entête avec sa bande-originale parfaite où l’on retrouve Frank Ocean, Tyler the Creator, Animal Collective, Tame Impala, Kanye West, Kid Cudi, Radiohead… le tout entre deux compos de Trent Reznor.

C’est une oeuvre très riche qui brasse énormément de thèmes universels propres à la famille et l’existence dans ce qu’elle a de plus beau et de plus douloureux. Claque.

Film sorti au cinéma le 29 janvier 2020

 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)