FICTIONS LGBT

ANOTHER COUNTRY de Marek Kanievska : ambitions et trahisons

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Moscou, 1983. Une jeune journaliste anglaise va à la rencontre de Guy Bennett (Rupert Everett). Espion anglais, il était devenu un agent double en faveur de l’Union Soviétique. Elle l’interroge sur son passé, sur ce qui a pu le pousser à « passer de l’autre côté de la barrière ». Guy se raconte alors et revient sur une période clé de sa vie, celle où il n’était qu’un jeune homme plein de rêves et d’espoirs.

Dans les années 1930, sa mère l’avait envoyé dans une sorte de pensionnat pour garçons à l’éducation quasi-militaire. Un quotidien régi par une certaine rigueur et des luttes de pouvoirs. Guy ambitionnait de devenir un « Dieu », soit une sorte de petit directeur de maison d’élèves. Mais pour cela, il fallait être irréprochable. Ce qui n’était pas son cas. En effet, Guy avait découvert assez tôt qu’il était attiré par les garçons. Et sa romance avec un autre camarade, beau blond un brin réservé, n’allait pas manquer de sonner la fin de toutes ses ambitions…

another country film

Tiré de l’histoire vraie de Guy Burgess, Another Country, sous-titré pour sa sortie française « Histoire d’une trahison », nous replonge dans une école anglaise pour garçons dans les années 1930. Un univers, comme souvent au cinéma, non dénué d’un homo-érotisme latent. La majorité des élèves s’adonnent d’ailleurs discrètement à des plaisirs homosexuels. Les filles étant absentes de ce monde, certains y voient une façon de combler leurs pulsions, une passade. Ce n’est pas le cas de Guy, qui comprend rapidement qu’il n’y a que les garçons qui l’attirent. Mais si entre eux les camarades de classe savent bien ce qu’ils se passent, il faut veiller à ce que ces étreintes restent confidentielles. Car une fois révélées, elles peuvent mener à l’humiliation voire l’expulsion de l’école. Guy, qui souhaite finir par diriger son école, est bien conscient qu’il doit faire attention, mais il oublie sa discrétion quand il tombe amoureux d’un autre élève. La passion l’emporte, l’amour lui fait tourner la tête. Sa forte personnalité et son assurance séduisent comme elles font l’objet de jalousie. Certains n’hésiteront ainsi pas à le faire tomber au moment où il s’y attendra le moins. De quoi provoquer une profonde blessure qui justifiera plus tard à demi-mots ses « choix de carrière ».

La réalisation est très élégante, romantique, un poil académique. Marek Kanievska montre à la fois la délicatesse et la dangerosité des premiers émois et dévoile un climat politique tendu. L’école représente une sorte de reflet de la société, du monde de l’époque, avec des envies de révolution enfouies, une lutte constante entre les différentes classes. L’un des personnages secondaires, l’hétéro Tommy Judd (incarné avec brio par Colin Firth), potassant Le capital de Marx, conspue ce dont il est le témoin au quotidien. La soif de pouvoir, l’ordre établi… Il sera le seul à soutenir jusqu’au bout Guy. Ce dernier est campé par Rupert Everett qui trouve là l’un de ses meilleurs rôles, tout en colère retenue et en mélancolie, affichant une beauté insolente.

Mêlant avec une certaine habileté les sentiments à la politique et l’Histoire, Another country est agréable à regarder, bien interprété, intelligent. Une belle plongée, entre désirs et non-dits, rêves et révoltes, au coeur d’un pensionnat anglais d’autrefois.

Film sorti en 1984 et disponible en DVD et VOD

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)