FICTIONS LGBT

Banana, critique de la série LGBT de Russell T. Davies (2015)

By  | 

Critique de la série LGBT « Banana » créée par Russell T. Davies. Disponible en DVD aux éditions Optimale. 

Russell T. Davies, le génial créateur de Queer as Folk (version anglaise), avait surpris son monde en dévoilant son nouveau projet. Deux séries de fiction et une sous forme de documentaire interagissant les unes avec les autres : Cucumber, Banana et Tofu. Les personnages se croisent de l’une à l’autre mais chacune existe indépendamment.

Pour ce qui est de Banana, on pourrait la décrire comme une sorte de Skins LGBT. Chaque épisode dresse le portrait d’un personnage gay, lesbien ou trans en adoptant son regard, nous plongeant dans univers et ses obsessions. Réalisation pop, bande-originale soignée bourrée de pépites indépendantes, humour et sensibilité au rendez-vous. Tout le monde est ici joyeusement différent et un peu fêlé et c’est ce qui en fait tout le charme.

banana_serie_lgbt_01

banana_serie_lgbt_02

Dean est un jeune homme qui passe son temps sur les applications de drague et accumule les plans culs qu’il raconte ensuite à tout le monde sans la moindre pudeur (il exhibe par exemple à ses collègues de bureau sa cage de chasteté), sans préciser que souvent il a du mal à tenir lors des ébats plus de deux minutes.

Scotty travaille jour et nuit, accumulant 4 jobs et développe des amours obsessionnels et imaginaires. Quand elle est sujet à un coup de foudre au supermarché pour une femme mariée qui est pourtant tout sauf fantasmatique, elle se met à la pourchasser et provoque une situation inattendue.

Sian, vendeuse dans un magasin de chaussures, prend son travail très au sérieux. Perturbée par une enfance où elle a vu défiler les différentes femmes qui partageaient la vie de sa mère, elle entend mener sa propre vie avec une certaine rigidité. Quand elle rencontre la charmeuse et insouciante Violet, son côté légèrement psycho-rigide ne va pas tarder à ressortir.

Helen, jeune femme trans, fait tout son possible pour mener une existence la plus normale possible mais son ex Eddie lui pourrit son quotidien. Après un clash, ce dernier joue la carte du revenge porn et la place dans une position très difficile.

banana_serie_lgbt_04

banana_serie_lgbt_05

Josh est du genre à s’attacher vite, trop vite. Après un plan cul, il se met en tête qu’il sort avec un garçon qui n’en a pourtant rien à faire de lui et le bombarde de SMS. En parallèle, il retourne dans son village natal paumé et remet en cause la vie que mène désormais sa meilleure amie Sophie qui s’apprête à se marier avec « le premier garçon qui a voulu d’elle ».

Amy ne peut rien y faire, c’est plus fort qu’elle : elle imagine toujours le pire. Quand elle quitte son appartement, elle craint que le gaz ne soit ouvert. Quand elle voit un homme qui a les lacets défaits dans le bus, elle est persuadée qu’il va tomber et être renversé. Quand elle ne retrouve pas un SDF à qui elle « doit de l’argent », elle imagine qu’il a été assassiné. Alors qu’elle partage une date avec une séduisante policière, pas facile de bien se présenter quand on est pleine d’obsessions et de bizarreries.

Aiden, un très beau garçon, accepte de faire un plan à trois avec un mec qui lui plait et un autre qu’il juge moche. Le lendemain, ce dernier le colle et tente de le convaincre que malgré leurs physiques très différents ils pourraient vivre une belle histoire d’amour. Mais Aiden a un point de vue implacable sur les relations sentimentales…

Zara, jeune adolescente venant du Nigeria, travaille illégalement pour une sorte de mafieux. Elle se retrouve à effectuer une mission de nettoyage pour Vanessa, une lesbienne de 60 ans, hantée par un accident du passé…

banana_serie_lgbt_03

Ce que l’on retient à la fin des épisodes, qui pourraient tous former un court-métrage, c’est à quel point tous les personnages sont attachants et ravissants dans leur spécificité. Jamais le fait d’être gay, lesbienne ou trans n’est le moteur principal de l’intrigue. C’est une donnée parmi tant d’autres qui s’estompe face à des thématiques plus ou moins légères ou graves. Si tout est extrêmement divertissant et que chaque épisode (d’une durée de moins de 30 minutes) est rondement mené, Banana n’opte jamais complètement pour la facilité, dépeignant des garçons et des filles souvent à fleur de peau et traversant des étapes périlleuses de la vie. Chaque générique de fin nous laisse avec des sentiments aussi forts que différents : amusement, larmes aux yeux, envie d’aimer, amertume… Mieux que n’importe quelle collection de courts LGBT : un must !

Blog rédigé en solo par Gaspard Granaud. Avec la précieuse aide de Pierre pour la période avril-mai 2022, merci <3