Courts-métrages gays prometteurs du Festival Chéries Chéris 2025
Comme chaque année, le Festival Chéries Chéris nous fait faire le plein de courts-métrages gays. Outre les coups de coeur pour Big Boys don’t cry, Julian et le vent, Next door et El Intercambio, voici ceux que popandfilms a trouvé les plus prometteurs et réussis. A noter que ne figure pas dans la liste le lauréat du meilleur court-métrage de cette année (tous les goûts sont dans la nature comme on dit).
LA MOTO DE MATTEO GIAMPETRUZZI

D’une durée de 20 minutes, ce court-métrage nous plonge dans le Sud de l’italie où Luca (Lorenzo Cutillo), un jeune gay en pleine découverte de ses désirs, entretient une liaison cachée avec Valerio (Francesco Filpa), un grand mâle viril un peu plus âgé que lui. En société, Valerio joue au bogosse macho, séduisant les filles. Mais c’est avec Luca qu’il exulte en secret, libérant ses penchants primitifs et dominateurs. Ces moments bestiaux troublent Luca qui développe pour son partenaire inaccessible une obsession grandissante. Frustrante, empreinte de honte, la liaison constitue aussi une ouverture pour Luca vers le fétichisme. Il développe en effet une profonde attirance pour la moto de Luca et les accessoires qui vont avec.
Le film, qui convoque les instincts primitifs, oppose aux parenthèses charnelles et aux moments d’attente des images de la nature. Belle réalisation, empreinte de sensualité abrasive.
À NOS JARDINS DE SAMUEL DIJOUX

Documentaire de moins de 30 minutes, À nos jardins retrace à la fois l’Histoire gay du Jardin des Tuileries, lieu de cruising emblématique depuis très très longtemps, et mêle différents témoignages, dont celui du réalisateur dont l’amour pour le lieu est palpable. Loin des étiquettes réductrices et des clichés, se dessine une déclaration d’amour à la liberté, au vagabondage, à ce que ces lieux peuvent apporter à chacun au-delà du simple plaisir.
C’est vivant, chargé en souvenirs, touchant. Le film se clôture au moment où le Jardin a vu ses arbres dénudés et des grilles faire leur apparition sous prétexte des JO rappelant la menace perpétuelle planant sur ce type de lieux. Aux dernières nouvelles, il s’y passe toujours des choses et comme le souligne un intervenant : la drague existera toujours, si on ferme des espaces, cela se passera simplement un peu plus loin ou ailleurs.
DIEGO DE MELISSA SILVEIRA

Beaucoup de tendresse et d’humanité dans ce court signé de la comédienne et réalisatrice Melissa Silveira. Portant le prénom de son personnage principal, Diego nous plonge dans le quotidien d’un jeune homme de 20 ans porteur de handicap. Entouré par l’amour de son père (David Ayala) et de sa soeur (géniale Malou Khebizi), Diego (Sofian Ribes) va provoquer sans le vouloir un petit choc quand il va laisser entendre qu’il préfère les garçons. Joliment écrit, parfaitement incarné et sensible.
MÂLE DE MER DE MAËL CARADEC

On aime toujours les histoires de rupture, surtout quand elles sont sensibles et empreintes d’une mélancolie pop comme c’est le cas ici. Mâle de mer suit le cheminement de Milan (Jules Poirier) vers l’acceptation de sa rupture avec son petit ami avec qui il vivait, Gaëtan (Adrián De La Vega). Confusion, colère, manque, stalking, nouvelle rencontre… On passe par toutes les étapes. Et on comprend bien le personnage principal : on n’aimerait pas non plus perdre un si beau et chou Adrián De La Vega non plus ! Quel plaisir de retrouver à l’écran ce dernier, quelques années après son rôle remarqué dans la série Les engagés !
MARDOCHI DE LUCAS GLOPPE

Adapté d’Abdellah Taïa, Mardochi suit le personnage de Vincent (Arthur Igual, parfait et devenu un beau daddy) un homme en pleine crise alors que son père – avec lequel il a pu avoir des relations conflictuelles – est entre la vie et la mort à l’hôpital. On le voit se rendant au Maroc pour retrouver la maison d’enfance du paternel avant qu’il ne quitte sa terre natale à l’indépendance. Mais la maison n’est plus là. Sonné, il rentre en France. A la gare il croise le regard d’un jeune étudiant marocain, Ahmed (Shems Khettouch). Ils finissent par s’aborder.
L’ensemble est à fleur de peau, racontant le rapport aux racines, le dialogue entre les générations, l’aspect fugace de la vie et des belles choses qui peuvent la ponctuer.
RIPPLES (ONDULATIONS) DE RHYS MARC JONES

Jasper (Daragh McCann), jeune étudiant gay, entretient une liaison avec un beau daddy, Barry (Craig Russell). Nous les suivons pour une virée loin de leur ville, le temps d’une nuit torride. Après le plaisir nocturne, le lendemain matin pique alors que Barry n’assume pas du tout la nature de leur relation.
Baignant dans une atmosphère à la fois torride et progressivement inquiétante, ce court intrigant lorgne avec brio du côté du thriller. La tension monte crescendo et cela donne envie d’en voir une version longue.
DANS LA NUIT DE CORENTIN VOUZELLAUD

Tranche de vie (ou devrait-on dire de nuit), le court-métrage de Corentin Vouzellaud, Dans la nuit , nous plonge dans un soir de weekend à Paris. Dans une soirée, deux garçons se rencontrent, planent et vont être amenés à se rapprocher après avoir assisté à un accident.
Le film capte quelque chose d’un spleen très actuel qui touche les jeunes gays des grandes villes, cherchant du sens et du lien dans le chaos de la fête, de la nuit et des parenthèses qu’on ne voudrait pas toujours éphémères. Le tout avec une précision quasi documentaire et servi par le très joli duo de comédiens Jordan Brandao Rodrigues et Gabriel Marc.
LES FANTÔMES DU HARD DE LAZARE LAZARUS

Alors qu’ils squattent l’ancien appartement d’un homme gay décédé sans héritier, des jeunes gens trouvent ses archives. Un voyage dans une autre époque de la vie gay, à travers le prisme d’un certain fétichisme du cuir, entrecoupé d’extraits de films gays vintage.
Le film captive par sa représentation de la communication entre différentes générations queer, évoquant l’importance de l’héritage de ceux qui nous ont précédés. C’est un projet étrange, car les archives utilisées sont, d’une certaine manière, volées. Le portrait de l’homme décédé est plein de contrastes et soulève des questions. Mais avant tout, nous sommes émus par cette célébration de la sexualité libre.
LE CIEL EST BLEU LA NUIT DE LUCAS PRÉVOST

Le thème de la solitude était très présent cette année dans les courts-métrages gays de Chéries Chéris. Nouvelle variation ici avec le récit d’un garçon ordinaire qui se sent visiblement très seul et ne trouve du réconfort que devant les films, la télévision et des lives en cam où il s’expose. Quand sur Grindr un beau garçon se met à lui parler, il espère enfin rompre cette solitude. Un rendez-vous se prépare mais les choses ne vont pas se passer comme prévu.
Là encore une belle sensibilité, un court qui a l’air personnel et sent le vécu et qui nous rappelle que parfois les jolies rencontres ne sont pas forcément celles auxquelles on s’attend. Au final récit de deux être rongés par la solitude, sans jugement, Le ciel est bleu la nuit est un film touchant.
