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Ehla se révèle avec l’EP « Pas d’ici »

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Elle a pris le temps de se réinventer et le résultat est un EP qui comptera à n’en pas douter comme l’un des plus beaux de cette année. Il y a des artistes qui ont ce petit truc en plus qui touche notre coeur très fort. Au point que leur musique s’infiltre complètement dans notre quotidien et qu’on en tombe amoureux. C’est le cas avec Ehla.

Tout a commencé par un très beau single, L’antidote. Un titre épuré et diablement efficace porté par un air et un chant ensorcelant, de ceux qui nous poussent à l’écouter encore et encore.

Et puis il y a eu Minute. Si on pouvait dire que L’antidote était une perle dans la droite lignée d’un genre neo-soul qui devient de plus en plus en vogue, Minute tranchait en mêlant pop, urbain et électro obsédante. Un énorme coup de coeur et un des titres préférés de Popandfilms en 2019.

En voyant le clip rose et bricolé, je me suis mis à bloquer. J’avais l’impression de reconnaître un visage. A l’époque il n’y avait pas encore beaucoup d’articles sur Ehla donc je me suis entraîné dans un véritable jeu de pistes pour retrouver qui elle était. Et j’ai lâché un grand « Mais noooon ! » en réalisant qu’elle était l’une des ex membres du girls band The Mess qui avait gagné la dernière édition de Popstars. On n’aurait jamais imaginé à l’époque qu’émergerait de ce groupe une artiste indé aussi cool.

Et ça ne s’arrête pas là. Après Popstars, Ehla a tenté de se lancer en solo. Elle a eu la chance de croiser le chemin de Grand Corps Malade qui lui a écrit des morceaux. Elle a sorti un album, participé à « Destination Eurovision ». Le succès n’a pas vraiment été au rendez-vous malgré des chansons taillées pour les grandes radios. Il faut dire que quand on entend aujourd’hui ce que la jeune femme produit, on est assez loin de son univers. Comme de nombreuses artistes de sa génération, Ehla a d’abord donné sa confiance à des maisons de disque, des producteurs et auteurs qui écrivaient pour elle. Le résultat n’était pas toujours très proche d’elle et de ce qu’elle affectionne musicalement.

Cet album a aujourd’hui disparu des plateformes, on ne trouve plus qu’une session live d’une de ses plus belles pistes, La timide, qui en effet ne dénoterait pas au coeur de l’univers actuel d’Ehla. Cela reste d’ailleurs un mystère comment cette chanson n’a pas eu plus de succès que ça malgré sa beauté, son texte universel et toujours la belle voix d’Ehla…

Bref, Ehla a bien galéré et ça n’a pas dû être facile tous les jours d’autant plus que parmi les deux personnes les plus importantes de sa vie, deux ont rencontré un succès retentissant dans leurs domaines respectifs : son amoureux, le Youtubeur et créateur Jérémie Déthelot (qui a récemment mis en ligne une web série drôle et choupi, « Gus ») et surtout sa petite soeur, une certaine Clara Luciani. A travers les interviews d’Ehla et de Clara, on apprend qu’elles sont inséparables et se soutiennent énormément l’une l’autre. Pas surprenant donc de découvrir fin d’année 2019 un titre et un clip de Clara Luciani dédié à sa soeur. Un morceau qui en filigrane raconte l’amour de ces deux soeurs et l’envie de Clara Luciani de dire à Ehla de s’accrocher malgré les moments difficiles et qu’elle croit en elle.

Le monde de la musique n’est pas facile et on essaie souvent de vous remodeler, vous transformer, vous mettre dans des cases. Loin des plans marketing et de la lumière, Ehla a pris son temps, son courage à deux mains et a décidé de se réinventer seule, en indépendante. Et L’antidote et Minute ont prouvé qu’elle a eu raison. Non seulement elle était enfin 100% fidèle à elle-même avec des titres écrits et composés par elle mais surtout elle délivrait une pop aussi belle que cool, complètement dans l’ère du temps.

Semaine après semaine, mois après mois, elle s’est bâtie une petite communauté de fans passionnés et a rencontré de nouveaux alliés pour mener à bien le projet de ses rêves qu’elle portait en elle depuis des années. Sur ses réseaux sociaux, et Instagram en particulier, elle se livre sans fard en racontant l’euphorie des petits succès, la fierté qu’elle a pour sa soeur qui cartonne mais aussi les petites galères de la vie d’artiste indé et la bataille que cela constitue aujourd’hui d’avoir de la visibilité, de faire entendre sa musique.

Portée par les bons retours sur ses deux premiers titres originaux, Ehla a sorti à la rentrée 2019 Cool. Un titre pop imparable qui confirme son amour pour la pop des nineties. On retrouve dans le clip cet esprit de bande qui lui est cher.

2020 sera enfin son année, elle l’a décidé ! Sensible mais battante, Ehla annonce la sortie de son premier « vrai » EP, Pas d’ici. Elle tease la chose en janvier avec le chill et intimiste On me dit Ehla. Ce même mois, elle est aussi invitée pour un duo avec le groupe Bolides. Le titre Vis-à-vis est une totale réussite pop, porté par un clip à l’esprit Nouvelle Vague.

Et on arrive enfin à cette fin février 2020 où après tant d’attente Ehla lâche son bébé. Pas d’ici est disponible sur toutes les plateformes musicales. On y retrouve L’antidote, Cool et On me dit Ehla ainsi que trois inédits. Et c’est un sans faute ! Le coup de coeur est énorme, les nouveaux sons à la hauteur de tous les bons espoirs placés en elle. Les textes sont comme on s’y attendait très personnels. Ils évoquent entre autres choses le déracinement d’une fille du Sud montée à Paris pour faire carrière et qui se prend la grisaille de la capitale dans la face (le titre éponyme Pas d’ici qui est LA grande bombe pop de ce début d’année, un mix parfait de paroles sensibles et de musique dansante et entêtante entre eihgties et nineties – le morceau est sorti hier je l’ai déjà écouté 50 fois #fanboy), le déchirement d’un couple qui se délite (la somptueuse ballade entre pop et soul Nuit blanche où la voix de la chanteuse est plus magnétique que jamais) et le rapport complexe et ambivalent au corps (MCMC, une autre ballade qui devrait parler à beaucoup de monde).

6 morceaux, 6 coups de coeur, de la générosité, du talent, de la sensibilité, de belles influences, un univers coloré et souvent euphorisant qui dit « fuck » aux maux et aux échecs. C’est beau, on adore et ça donne envie de dire à Ehla qu’elle a bien fait de se battre et qu’il faut qu’elle continue à le faire. Pour sûr elle n’a pas fini de batailler : Pas d’ici est le début de sa belle et propre histoire musicale. La route est encore longue et semée d’embuches pour attirer l’attention des radios, télés et autres gros médias qui permettent aux jeunes artistes d’entrer définitivement dans la lumière. Pour sûr, connaissant les journalistes qui adorent les étiquettes et les comparaisons, on va constamment la rattacher à sa soeur. Mais elle en a vu d’autres et surtout le talent est là, étincelant.

Vous l’aurez compris, avec cet EP Ehla s’impose comme THE artiste que Popandfilms adore et défend, à l’instar des mecs de Bolides ou d’Enchantée Julia. La revanche d’une blonde c’est maintenant ! 🙂 Bravo à elle pour ces morceaux qui touchent, emballent et apportent la tendresse et la douceur dont on a tous besoin dans ce petit monde qui ne tourne souvent pas très rond. Coeur sur toi Ehla.

ehla pas d'ici

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)