ENTROPIC, le film troublant et conceptuel sur la beauté de Robert W. Gray
Critique du film Entropic de Robert W. Gray où l’homme le plus beau du monde se livre à une étrange expérience en compagnie de son plus fidèle ami.
Entropic est un film singulier qui ne plaira pas à tout le monde. Il se regarde un peu comme on vivrait une performance artistique. C’est très conceptuel, ça pose tout un tas de questions, ça peut autant stimuler les uns qu’irriter les autres. Ici on s’est laissé emporter.


Une expérience troublante autour du désir et de la beauté dans Entropic
Nous suivons Aaron (Khalid Klein) qui accepte d’accompagner son meilleur ami (dont on devine qu’il est amoureux), dans une étrange expérience. L’ami en question, M (Stephen Huszar), est ni plus ni moins l’homme le plus beau du monde. Et ce qui sur le papier se présente comme un cadeau est ici vécu par lui comme une malédiction. Depuis toujours, M réalise que les gens en veulent à sa beauté, qu’on attend ou on espère toujours quelque chose de lui, qu’il est difficile d’avoir des amis car le désir finit toujours à un moment par s’infiltrer dans la relation. Constamment réduit au rang d’objet et de convoitise, il aimerait passer à autre chose. Il entreprend de déménager et de prendre un nouveau départ mais avant cela il a imaginé une drôle d’expérience : inviter tous ceux qui gravitent autour de lui et le désirent et se mettre à leur disposition ! Endormi, il s’offre et leur laisse carte blanche pendant 40 minutes chacun, sous la surveillance de son ami Aaron. Des hommes et des femmes défilent, osant dire ce qu’ils n’auraient jamais dit, exprimant leur désir, leur frustration, explorant leurs fantasmes inassouvis…


Un film de Robert W. Gray entre fascination, malaise et érotisme
Evidemment, le film interroge car même si la démarche est volontaire, M se donne aux autres en étant endormi ce qui créée un légitime malaise. Le trouble est persistant, du début à la fin du métrage, avec une atmosphère très spéciale, entre un érotisme masculin abrasif et un aspect immoral et inconfortable.
La beauté comme pouvoir, obsession et malédiction
Le spectateur est renvoyé à sa propre conception de la beauté, à son rapport à celle-ci. Les différentes personnes qui viennent rendre visite à M permettent une grande variété de réactions : certains explorent des fantasmes, des fétichismes, dévoilent des sentiments profonds, leur impuissance face à une beauté inaccessible… La beauté est ici fascination et malédiction, pouvoir et fardeau, forcément injuste, constamment magnétique.


La relation entre Aaron et M au cœur du film
Au-delà des introspections universelles, du rapport au corps, au beau, au désir, ce qui se joue avant tout ici c’est la relation entre Aaron et M. Car s’il est là pour aider son ami et encadrer les sessions cathartiques avec tous les hommes et les femmes qui en ont eu après lui, il est le premier concerné, incapable de ne pas aimer et désirer celui qui aimerait qu’ils soient amis sans ambiguïté. Cette expérience pourrait alors être la confrontation ultime.
Frontal, à la fois sensible et dérangeant, d’une blancheur immaculée à l’écran cachant les recoins sombres du désir, Entropic est un drôle d’objet de cinéma qui mérite le coup d’oeil.
Film produit en 2019 et encore inédit en France à l’heure de l’écriture de ces lignes
