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Ernesto (Martin Halm), adolescent mi-ange mi-démon

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Martin Halm est Ernesto dans le beau film de Salvatore Samperi. Et tout le métrage durant, l’insolente beauté de l’acteur fait des ravages. Ou la grâce de la beauté dans ce qu’elle a de plus fascinant et de cruel.

Le personnage séduit d’abord par sa vulnérabilité : condamné à vivre avec sa mère chez son oncle car ils sont sans le sou, il rêve de devenir violoniste, s’intéresse au socialisme… Il est également touchant alors qu’il se laisse approcher par un docker qui fantasme sur son côté minet et se propose de l’initier aux plaisirs gays. Sa belle peau, ses yeux intenses et profonds, son corps frêle et aussi ses petites fesses sublimées dans un plan qui avait tout pour devenir culte : on a là en face de soi un portrait de garçon en fin d’adolescence complètement fantasmatique. La liaison entre un trentenaire et un mineur est sulfureuse et réserve son lot de surprises.

Mais cette douce jeunesse que le docker pense pouvoir croquer et dominer va peu à peu reprendre ses droits. Ernesto n’est pas un garçon naïf, fragile, manquant d’assurance. Il aime avoir le contrôle des choses. Ainsi propose-t-il rapidement d’être actif à son tour. Ce que lui refusera son amant et il le paiera cher !  Car Ernesto est conscient de ses charmes et voit bien que le docker tombe amoureux de lui, qu’il le tient. Et il impose ainsi sa domination lors d’une scène étonnante où il saisit une cravache !

Si ce portrait d’ado fascine tant c’est sans doute pour l’ambivalence, l’ambiguïté de son personnage. Un garçon beau, de plus en plus insaisissable et imprévisible. Ernesto apprend, gagne de plus en plus en assurance et se révèle impitoyable. On le voit reproduire des gestes similaires qu’avaient avec lui le docker auprès du plus jeune Ilio. L’ancienne proie devient à son tour initiateur.

Le personnage est parfois vraiment cruel (le personnage du docker nous brise le coeur) mais le scénario est assez malin pour jouer sur l’équilibre entre ce qu’il a de bon et de mauvais. Même si on voit qu’il est manipulateur et filou, Ernesto est touchant, a bien des sentiments, un lien fort avec sa mère, une peur quelque part d’être rejeté de la société. S’il aime jouer à l’adulte cynique, il y a encore en lui par moments un petit garçon qui a très peur.

Filmé du début à la fin avec une folle sensualité, Martin Halm marque ici à jamais les esprits dans la peau de ce personnage singulier, mi-ange mi-démon.

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)