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FIREWORKS, SCORPIO RISING et KUSTOM KAR KOMMANDOS : les rêveries masculines de Kenneth Anger

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Influence et inspiration d’une armée de cinéastes, vidéastes et photographes. Référence dans le genre expérimental, ayant été l’un des premiers à aborder de façon si personnelle et crue l’homosexualité… Kenneth Anger est un artiste vénéré et culte dont les expériences cinématographiques parcourent les décennies. On trouve aujourd’hui ses films en import DVD ou on les visionne, encombrés de pixels, plus ou moins légalement sur Youtube. Auteur d’une œuvre suscitant les rêves et les interprétations les plus folles (et dont beaucoup de films sont malheureusement portés disparus) , Anger voit fréquemment son nom associés à ceux de Jean Genet ou Andy Warhol. Aux yeux de beaucoup, il est le pape du cinéma expérimental, ayant dynamité forme et narration pour faire jaillir des images hypnotiques et fantasmes insoupçonnés. Retour avec ce billet sur trois de ses œuvres nous plongeant dans des rêveries masculines.

FIREWORKS / 1947

fireworks kenneth anger

Coup de tonnerre ? Explosion ? Un bel éphèbe brun est porté par un beau marin. On ne voit qu’eux au milieu de l’obscurité. Le marin apparaît comme un sauveur, un héros romantique. On retrouve le brun « sauvé des eaux » dans son lit, en train de rêver. Musique envoûtante et entêtante, une sorte de fétiche avec les doigts coupés d’une main. Turgescence dans le lit du garçon. La barre n’en finit plus de grandir. Mais il s’agit d’une sorte de statuette africaine. Il se lève, s’habille, sort de chez lui, passant la porte où est inscrit « Gents ». Il semble perdu dans la nuit où seuls les réverbères ou phares des voitures l’empêchent d’être dans l’obscurité la plus totale.

Arrivé dans un bar, il reste presque hébété devant un marin narcissique jouant au pin up boy, dévoilant sa somptueuse musculature. Montée du désir. Le brun rêveur veut qu’on allume sa cigarette. Le marin le maltraite, le saisit de force. Puis lui allume sa cigarette avec des sortes de brindilles enflammées. Premier fantasme, retour à la nuit noire. Le brun fume, s’enveloppant de fumée. Il se retourne et se retrouve face à une petite armée de marins qui n’ont pas l’air de plaisanter. Fantasme masochiste. Encerclé de ces hommes fantasmes, le doux rêveur n’a plus d’autre choix que d’abdiquer. Ils sont comme des monstres, à la fois effrayants et d’une sensualité débordante. Bousculé, notre rêveur semble en transe. On lui met les doigts dans le nez et jaillit le premier fluide : du sang. Douleur insupportable et pourtant exquise, téton prêt à être mutilé, chair triturée qui mène à la pure mécanique. Jets laiteux venant recouvrir les plaies. Pissotières. La porte « Gents » qui s’entrouvre. Un marin magnifique qui ouvre sa braguette, feu de Bengale. Explosion. Les photos du marin portant le beau brun qui brûlent, se consument. Le beau brun au sol, sujet d’un sommeil tourmenté, près de la cheminée, un homme à ses côtés. On retrouve la main dont les doigts sont cette fois intacts.

On comprend aisément comment Jean Genet ait pu tomber en admiration devant ce film de moins de 15 minutes, touché de bout en bout par la grâce. On y retrouve toute la fièvre des désirs possiblement coupables, prêts à exploser. C’est sublime et vénéneux à souhait, avec un noir et blanc étonnamment délicat , pur, cotonneux. Balancer ça à la fin des années 1940 : respect.

SCORPIO RISING / 1964

scorpio rising kenneth anger

Un jeune homme customise sa bécane avant de se customiser lui-même si on peut dire, revêtant la tenue du biker type. Rituels. Le scorpion comme emblème de la mécanique et de la sexualité. Des posters de James Dean, des vidéos de Marlon Brando. Petit à petit tout s’entrechoque. La musique populaire et parfois sirupeuse (Ricky Nelson, Bobby Vinton, Ray Charles, Little Peggy March…) se mêle aux rites trash de motards vicieux et adeptes des extrêmes. Provocation, ironie, fétichisme. Un film improbable avec un Jésus de pacotille, l’incursion d’une imagerie nazie…Scorpio Rising est un tourbillon d’images tour à tour ou à la fois émouvantes, drôles, acides, dérangeantes.

Un petit garçon joue avec sa moto en plastique puis les vraies motos et les jeux adultes forment une même ronde. Encerclés d’icones, d’idoles souvent contradictoires, les mâles virils sont objet de fantasme et dangereux. Un peu de coke, de la vitesse. La pellicule sent la testostérone et la débauche. Vertige.

KUSTOM KAR KOMMANDOS / 1965

kustom kar kommandos kenneth anger

Le titre reprend les initiales du Klu Klux Klan et nous présente deux jeunes hommes réunis autour d’une voiture qu’ils vont customiser.

La musique pop et sirupeuse se lance, un garçon tout de bleu pâle vêtu, seul, caresse avec une sorte d’énorme fluffy ball les différentes pièces de sa caisse. La relation du garçon à la voiture, fétichisée, sensuelle, s’accompagne de la relation fantasmée d’un «dream lover » avec qui il pourrait un jour monter des pièces, faire un bout de chemin.  Les différents éléments de l’engin filmés avec grâce, le corps du modèle effaçant son visage. Langueur, fond rose, délicatesse, opposition de l’extérieur et de l’intérieur. Dans sa tenue parfaitement moulée, notre jeune mécanicien entre dans la voiture aux sièges rouges et en cuir, transpirant le sexe. Il esquisse un sourire et s’apprête à prendre le volant. Sentimental et pop en diable.

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)