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« Les garçons de chambre » : critique de la web série gay friendly française

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Critique des trois premiers tomes de la web série « Les garçons de chambre » de Julien Lazzaro. Produite en 2015.

Léopold d’Arpajon (Joris Conquet) est un garçon irrésistible et il le sait. Il faut dire que sa beauté plastique et son charme sont au coeur de son travail : il est escort boy. Ses services, il les propose aux femmes comme aux hommes dans un hôtel chic, Le Galantin. Une commission est réservée à l’espiègle Jennifer (Agnès De Tissandier) qui travaille au sein du lieu et fait office de mère maquerelle. Tout semble bien se passer pour le gigolo qui utilise, entre autres choses, son job pour financer les études de médecine de son frère jumeau, Jean-Baptiste (Adrian Conquet).

Mais voilà qu’un jour une passe part en vrille : Léopold réalise que son client est flic. Il disparait du jour au lendemain, laissant tout son entourage dans le doute. Avant de s’évaporer, il a juste eu le temps de demander une chose à son frère : qu’il prenne sa place pour un rendez-vous avec une énigmatique cliente surnommée « La poule aux oeufs d’or ». Jean-Baptiste s’exécute et découvre alors non seulement la double vie de son frère mais aussi que son colocataire Giovani (Mike Fédée) est lui aussi escort ! Pour l’introverti Jean-Baptiste, la découverte de l’univers de l’escorting va provoquer un séisme personnel.

Au fil des semaines, il s’endurcit en même temps qu’il tente de comprendre ce qui est arrivé à Léopold. Il n’est ni au bout de ses surprises ni au bout de ses peines…

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Première web série française gay friendly d’envergure, Les garçons de chambre ne manque pas d’intriguer dès son premier épisode : le casting est très sexy, la production pro et léchée, l’univers déployé par Julien Lazzaro est aussi mystérieux que sensuel. La première saison, composée de deux tomes, est un mélange assez habile de thriller, de sitcom et de soap opéra. Les épisodes sont savamment articulés de façon à nous tenir en haleine, les personnages attachants et parfois joliment barrés, la galerie de seconds rôles bien posée. Si parfois l’interprétation est un poil inégale ou outrée (tout le monde n’est pas aussi bon que les excellents Joris Conquet et Agnès De Tissandier), le divertissement est assuré haut la main et le scénario, riche en rebondissements, fait vraiment le job.

Les choses se gâtent un peu plus lors de la saison 2 et l’introduction du troisième tome. Des personnages secondaires réjouissants sont sacrifiés (plus de Jennifer, plus de Raphaël), la légèreté et le second degré qui apportaient des respirations nécessaires s’estompent. Julien Lazzaro, très ambitieux, trop peut-être, tisse une sorte de grande saga familiale avec manipulations et meurtres qui en découlent. L’hôtel Galantin ,qui était le décor enivrant des premiers épisodes, laisse place à un château à la Eyes Wide Shut. Outre le fait que tout ce qui touche à « l’empire de Léopold » et sa communauté n’est pas du tout crédible, l’interprétation de certains acteurs secondaires vire à la caricature, au surjeu parfois embarrassant . Ca devient franchement « What the fuck » et c’est dommage : la série veut mettre la barre trop haut et se prend du coup régulièrement les pieds dans le tapis.

Ceci étant dit, il serait malhonnête de dire que l’ensemble n’est pas attrayant. Chaque épisode réussit à piquer la curiosité et donne envie de voir la suite. Un côté un peu plaisir coupable donc et mine de rien un attachement, l’envie de retrouver une galerie de protagonistes riches en ambivalence. Fable cruelle sur l’obsession du toujours plus et le double jeu, « Les garçons de chambre  » mérite qu’on lui donne sa chance… et on espère que les épisodes à venir redresseront la barre.

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)