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Nelick : Kiwi Bunny Obsession

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J’avais vu passer la belle pochette de son second album, Dieu sauve Kiwi Bunny, mais je ne m’étais pas arrêté dessus. Et puis j’ai découvert Nelick en live au dernier festival Days Off à Paris. Et instantanément quelque chose m’a accroché. Ce n’est pas un hasard si ce jeune français d’une vingtaine d’années est qualifié par beaucoup de journalistes spécialisés comme l’un des dignes représentants de la nouvelle scène rap hexagonale. Nelick évoque des classiques populaires comme MC Solaar (une aisance évidente avec les mots, une écriture très ludique et maîtrisée), a clairement digéré le meilleur de ce que le rap US peut proposer et opte pour un son hybride et aventureux entre type beats finement choisis pour son premier opus, Kiwi Bunny Tape, et productions entêtantes qui se muent en obsession pour le second.

Kiwi Bunny Tape, sorti début 2018, posait les bases d’un univers solide et irrésistible. Nelick présentait alors au public Kiwi Bunny, part enfantine et immature de lui-même selon ses dires. Et ce Kiwi Bunny déborde de charme, nous arrache de nombreux sourires par ses mots et expressions qui passent à toute vitesse d’un caractère cru bien connu des rappeurs à une fraicheur insolente, un côté « petit con revendiqué » plein de malice. Regard franc et brut sur le couple et ses montagnes russes émotionnelles (la fameuse « go » de la Kiwi Bunny Tape résonnera comme une obsession sur les deux disques de l’artiste), le désir logique de percer d’un jeune auteur (pour l’égo, le love, les dollars et aussi faire plaisir à Maman qui s’inquiète un peu), le parcours intime et professionnel d’un jeune gars qui rencontre beaucoup de tocards et qui revendique ses références pop culture mais recrache la bêtise d’une certaine génération gavée à Instagram (mais accro au réseau social quand même – on connait le paradoxe).

Très productif et agité (il a mine de rien sorti deux albums très aboutis en à peine un an), Nelick apporte fougue et inspiration et ouvre les horizons du rap, se sert du cliché du mâle macho pour délicieusement le détourner (comme sur « Jeune Lapin », un de ses meilleurs titres qui part génialement dans tous les sens en racontant l’attachement à son ex) et oppose merveilles planantes et obsédantes (« Poudre dodo », « Pas mal », « Range Rover », « KiwiBunnyLove », « L’amour et les dollars », « Cascade », « Bankable »…) à des sons dansants qui rendent vite accro (« beach_life_type_beat », « Oh ouais » et le dément « KiwiBunnyLude »).

Aussi bien à l’aise quand il chante que quand il se met à rapper à la vitesse d’une fusée, Nelick a cette magie rare qui séduit les oreilles dès la première écoute. Un rap attachant et souvent délirant, plein de couleurs, d’émotions et de punchlines et qui se paie le luxe de s’accompagner d’un univers visuel pop magnétique. Gros gros coup de coeur.

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)