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NORMAL PEOPLE, magnifique série hyper sensible

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Adaptation du roman de Sally Rooney, Normal People est une mini-série (12 épisodes d’une trentaine de minutes chacun) qui suit le lien très fort d’un garçon et d’une fille de l’adolescence à l’âge adulte en passant d’une bourgade de l’Irlande à Dublin, avec de multiples détours. Récit d’un premier et grand amour très fort et hyper sensible. Un immense coup de coeur. 

Une petite ville de l’ouest de l’Irlande. Marianne (Daisy Edgar-Jones) vit dans une grande maison avec sa mère (une ex femme battue) et son frère. Au lycée, elle est une élève brillante mais très peu appréciée par ses camarades qui la trouvent bizarre. Elle fait partie de ces personnes impopulaires qu’on évite de fréquenter et que l’on aime provoquer. Les brimades de ceux qui l’entourent ne l’atteignent pas. 

Marianne va être amenée à croiser plusieurs fois Connell (Paul Mescal), un garçon charmant et sportif qui traine avec la bande la plus populaire du lycée. Contrairement à ses amis, il est un peu timide et s’ils se fond très bien dans le décor, il n’a rien de quelqu’un de superficiel. Il partage avec Marianne le goût des livres et une sensibilité exacerbée. La mère de Connell est par ailleurs l’employée de maison de la famille de Marianne. 

Une liaison inattendue va prendre forme entre les deux adolescents. Mais alors que des sentiments se développent, le fait qu’ils ne se voient qu’en secret va finir par les consumer. Connell a peur de s’afficher et du jugement des autres, Marianne se sent humiliée. 

De ce départ douloureux va suivre une romance qui va s’étirer dans le temps. Marianne et Connell vont se retrouver dans la même université avec un rapport de force inversé. Au Trinity College de Dublin, Marianne devient l’une des nouvelles coqueluches tandis que Connell a bien du mal à s’intégrer dans cet espace plus bourgeois et codé. 

Malgré les erreurs du passé et leurs différences, Marianne et Connell vont passer leur temps à se revoir, se remettre ensemble, se séparer, tenter de rester amis… Un lien unique, très fort, qui va marquer leur vie à jamais. 

normal people série

L’adaptation du roman de Sally Rooney en série est signée Lenny Abrahamson (réalisateur du film Room) et Hettie Macdonald (réalisatrice du film à thématique gay culte Beautiful Thing). Si vous aimez les histoires d’amour, foncez ! Par moments, Normal People fait penser à Call me by your name. On y retrouve la même sensibilité, une capacité à nous faire ressentir toute l’intensité et les tourments d’un premier amour. 

Le sujet est ordinaire mais le traitement transcende tout. La mise en scène est très délicate, la photo très belle, la bande-originale d’une mélancolie poignante, l’interprétation magnifique, l’écriture splendide. Tout est dans les détails, les regards. C’est sensoriel, charnel (les scènes d’intimité sont très réussies, franches) et complètement bouleversant. On est instantanément happé par l’atmosphère de l’ensemble, cette sorte de douce tristesse obsédante, ce lien unique entre deux êtres qui s’aiment et se comprennent mieux que personne. Les saisons défilent mais reste ce parfum de spleen automnal.

Belle et déchirante à la fois, Normal People fait l’effet d’une chanson pop intimiste entêtante. Elle parvient à nous faire ressentir toutes les émotions de ses deux magnifiques personnages principaux qui essaient de trouver leur place tant bien que mal.

En arrière-plan, outre le récit attachant et émouvant d’une grande histoire d’amour, nous avons le portrait d’une jeune fille et d’un jeune homme d’une rare acuité. Marianne, vient d’une famille privilégiée mais ne s’est jamais sentie comprise, vraiment aimée, protégée. Ses racines la renvoient vers des traumatismes (le souvenir d’un père violent) et des expériences constamment douloureuses et humiliantes (sa mère qui ne rate jamais une occasion de lui témoigner son mépris ou son indifférence / son frère qui déteste la voir prendre son envol et se plait à la malmener en permanence). Brisée dans son amour propre, ayant très peu confiance en elle, elle va devoir lutter contre ses démons et cette force noire qui l’habite et la pousse souvent à l’auto-destruction (la recherche de la douleur comme façon de se sentir en vie). 

Connell, lui, a été élevé par sa mère issue d’un milieu modeste et avance tranquillement, discrètement. Derrière son allure de sportif bogosse, c’est un garçon qui n’a de cesse de se chercher et de se remettre en question et qui essaie tant bien que mal d’avancer malgré les diktats, les codes de masculinité toxiques, qu’on a pu lui imposer au lycée ou qu’il s’est bêtement mis dans le crâne tout seul. Comme Marianne, c’est un personnage plein de fêlures, frappé par la solitude, qui intériorise beaucoup. 

Si la série bouleverse autant, c’est pour sa façon d’aller vraiment au plus profond de ses personnages. Normal People scrute leurs émotions, leur coeur, leur corps avec une grande précision. C’est très fin, subtil, et d’une love story parmi tant d’autres la fiction devient une expérience intime, quelque chose qui prend infiniment aux tripes. Une série est touchée par la grâce, qui ne nous lâche plus et hante durablement. A voir absolument. 

Série produite en 2020 et disponible sur Mycanal  / Starz Play

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)