FICTIONS LGBT

OMELETTE de Rémi Lange : vérité

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Mars 1993. Rémi (Rémi Lange) délaisse le scénario qu’il était en train d’écrire pour réaliser en Super 8 un journal filmé. Les jours et les semaines qui vont suivre, il va filmer son coming out auprès de sa famille. En couple depuis 3 ans avec le bel Antoine, qui l’épaule au quotidien et le filme à sa demande, il part ainsi à la rencontre de sa mère, sa grand-mère, sa soeur et son père. Avec plus ou moins de maladresses, il va leur annoncer qu’il est homosexuel et filmer leur réaction. Et découvrir au passage un inattendu secret de famille…

Le réel est souvent plus fort que la fiction, d’autant plus quand il est transcendé par une caméra. C’est ce que nous rappelle Omelette de Rémi Lange, film ô combien attachant, émouvant, universel et intemporel. Au début des années 1990, alors que l’homosexualité est tristement associée aux ravages du Sida, Rémi rêve de cinéma et de vérité. Il nous plonge dans son quotidien et nous amène à rencontrer les gens qu’il aime et/ou qui rythment sa vie. Bien que le registre soit intimiste, à la première personne, tout le monde peut se retrouver dans ce que le jeune homme de l’époque filme. On ressent l’état d’urgence dans lequel il se trouve : il va enfin « sortir le squelette du placard » et révéler à sa famille qu’il aime un garçon depuis trois ans. Un passage obligé, un moment qu’il va rendre encore plus particulier puisqu’il va le filmer. La présence de la caméra lors du coming out amène un certain nombre de questions : est-ce là pour Rémi une façon de se protéger, se sentir moins seul lors d’un moment délicat ? Le fait que ses interlocuteurs soient filmés n’influe-t-il pas sur leur façon de réagir ? Avec cette démarche, le jeune réalisateur ne vient-il pas chambouler le réel ?

Comme il nous l’est rappelé au détour d’une séquence : « On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs ». Alors qu’il filme sa mère dont on devine la gêne lorsqu’il lui parle de son homosexualité, Rémi ouvre une porte qu’il ne pourra plus refermer. Bien qu’elle s’en défende un peu, sa maman est sous le choc de la nouvelle et se met à lui parler de son père, duquel elle est séparée, et qui selon ses dires serait lui aussi attiré « par la compagnie des hommes ». Une révélation troublante qui va hanter le métrage, amener Rémi à s’interroger sur la notion de vérité, sur sa propre identité. Les moments forts se succèdent, à des degrés d’émotion divers. Une conversation avec un ami séropositif qui raconte ses difficultés à avoir une vie sentimentale, la peur d’être stigmatisé. Un moment très touchant de filiation lorsque Rémi Lange s’entretient avec un autre réalisateur indépendant, Joseph Morder, auquel il fait un vibrant hommage. Le regard doux sur la grand-mère. L’amour palpable entre le réalisateur et son petit ami. Omelette est à la fois simple comme tout et incroyablement dense, un concentré de vie, un souvenir magnifique qui touche droit au coeur.

A l’heure de l’écriture de ces lignes, le film est disponible gratuitement et légalement sur Internet dans sa version brute, « director’s cut » d’origine (une version retravaillé et 16 mm était sortie en 1998 puis diffusée sur Canal + en 1999). A sa vision, on a l’impression de découvrir un vrai petit trésor. On revit son coming out, on retrouve un peu de sa famille, de sa jeunesse et des balbutiements qui vont avec. Le montage est à la fois délicat et très efficace, le projet témoigne d’une urgence et d’une sensibilité qui foudroient. A voir absolument.

Film sorti en 1998 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)