THE HOLY BOY, film étrange sur un garçon aux pouvoirs divins
Critique du film THE HOLY BOY de Paolo Strippoli. Mêlant drame et cinéma de genre, la rencontre d’un prof dépressif et d’un ado gay aux pouvoirs mystérieux.
Imparfait, étrange, intrigant : ce long-métrage italien tisse une atmosphère qui happe souvent. Nous suivons Sergio (Michele Riondino), professeur qui débarque dans une petite ville d’Italie. Il est accueilli très chaleureusement par les gens du coin qui ont étrangement l’air de tous être heureux. Le prof contraste avec les autres, trainant avec lui ce qu’on devine être une forme de dépression. Alors qu’il se rapproche d’une femme de la ville, celle-ci l’amène à participer à une sorte de cérémonie. Le prof se retrouve face à l’un de ses élèves, le jeune et introverti Matteo (Giulio Feltri) qui serait doté d’un pouvoir divin : en l’étreignant, chaque personne peut faire partir sa douleur et ses démons et s’apaiser.

THE HOLY BOY : un adolescent aux pouvoirs mystérieux au cœur d’une communauté étrange
Sergio comprend que si toute la ville se sent bien c’est parce qu’elle évacue tous ses maux via Matteo qui absorbe tout. L’ado, contrôlé par son père et les hommes du village, doit quotidiennement se mettre à la disposition des habitants pour les soigner. Il est à la fois chéri et prisonnier, ne pouvant vivre les choses les plus basiques propres à l’adolescence. Sergio s’inquiète pour Matteo, qui lui rappelle son enfant qu’il a tragiquement perdu. Contre les mises en garde des membres de la communauté, il se rapproche de lui et l’invite à prendre davantage son indépendance. Sans s’en rendre compte il va réveiller quelque chose en Matteo qui va petit à petit dompter le pouvoir en lui et l’utiliser pour exorciser ses frustrations…


Paolo Strippoli explore la souffrance, l’homosexualité et le pouvoir
On peut voir un certain nombre de métaphores dans ce récit aux accents surnaturels. Les faux sourires de façade qui masquent des êtres tous en souffrance, la faculté des adultes de se défouler sur une jeunesse qui n’a rien demandé, le rapport au divin, au sacré, l’exploitation que s’autorisent ceux qui ont le pouvoir sur les plus faibles. Au-delà du portrait sociétal que tisse le métrage, il y a en son coeur deux drames très personnels sur des thématiques gays. On découvre ainsi que Matteo, le garçon au pouvoir divin, refoule son homosexualité. Il est amoureux d’un garçon de sa classe qui le désire en retour autant qu’il le violente. Et Sergio, le professeur, a perdu son enfant de façon atroce car il n’a pas su l’épauler quand sa différence lui valait d’être harcelé. Il y a un transfert qui s’opère : Sergio essaie en quelque sorte de réparer son passé en voulant protéger Matteo. Mais la force qu’il y a dans l’adolescent va lui permettre, plus pour le pire que pour le meilleur, de riposter lui-même face à la violence qui l’entoure.

Une atmosphère surnaturelle et une mise en scène ambitieuse malgré quelques faiblesses
Quelques faiblesses (un rythme parfois exigeant, quelques maladresses, une mise en scène élégante mais qu’on ne sent pas encore tout à fait affirmée) empêchent cet ambitieux film de jouer dans la cour des grands. Mais il est plein de qualités, n’hésite pas à s’aventurer vers une grande sensibilité et noirceur. La dernière partie où tout s’embrase littéralement est particulièrement troublante.
Film sorti au cinéma le 2 septembre 2026
