FICTIONS LGBT

TOMBER POUR ALI de Romas Zabarauskas : aimer et aider, pour de vrai

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Réalisateur lituanien, Romas Zabarauskas propose avec Tomber pour Ali (“The Lawyer” pour son titre international, “Advokatas” pour le titre original) un long-métrage au ton étrange et à la mise en scène affirmée. Avec en prime un duo d’acteurs filmés avec désir. 

Vilnius, Lituanie. Marius (Eimutis Kvosciauskas) est le parfait fantasme du daddy. Quarantaine rayonnante, belle gueule, le regard malicieux et joueur, c’est un homme qui donne l’impression d’être très sûr de lui. Il travaille comme avocat pour de grandes entreprises et a un train de vie très confortable. Cela lui permet d’être un peu dans sa bulle et d’échapper à la réalité pas franchement gay-friendly de son pays. 

Profitant de ses privilèges, Marius aime diner avec ses jeunes amis, s’encanailler avec des hommes (qu’il aime souvent plus jeunes et issus d’un milieu plus populaire), tromper l’ennui… Quand son père, dont il n’était pas très proche, décède, il se sent pour la première fois depuis longtemps fragilisé. Il se met alors à développer une forme de fascination pour un cam boy syrien, Ali (Dogac Yildiz), avec qui il a brièvement échangé en ligne. Ali est un réfugié, il se trouve à Belgrade et espère réussir à s’échapper pour aller retrouver des proches en Allemagne. 

Impulsif, Marius débarque à Belgrade. Habitué à toujours avoir ce qu’il veut, il s’attend à ce qu’Ali lui tombe dans les bras. Mais ce dernier est avant tout logiquement préoccupé par son sort de réfugié et ,quand il réalise que Marius n’est pas forcément apte à l’aider, prend un peu ses distances. Marius va alors être amené à réfléchir, sentant se développer en lui des sentiments dont il ne se pensait plus capable… 

tomber pour ali film

Le réalisateur Romas Zabarauskas nous plonge dans la bulle bourgeoise et artificielle de son personnage principal, campé par le très sexy Eimutis Kvosciauskas. Si l’on a du désir pour cet homme un poil prétentieux « qui sent le sexe », il n’en est pas moins ambivalent pour autant. Le comédien délivre une très belle interprétation et réussit avec beaucoup de subtilité le portrait d’un homme pas franchement aimable. On le voit se conduire de façon pas très agréable avec un garçon trans, se pavaner, rembarrer une femme qui pensait être son amie et qui lui demandait de l’aide… C’est un homme qui s’est construit une armure, une forme de prison dorée, et qui à force de surjouer ce qu’il est n’a plus l’air de vraiment savoir où il en est au final. La photographie, très léchée, appuie le cadre sophistiqué où il évolue tout en en laissant transparaître l’aspect parfois clinique. 

Le film prend une autre tournure dans sa deuxième partie alors que le personnage d’Ali (jeune bombe sexuelle virile aux origines syriennes) se met à occuper le champ. D’abord froid comme il sait l’être, Marius va progressivement faire tomber ses barrières et essayer de sincèrement aider quelqu’un pour une fois, avec le coeur. 

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Si la mise en scène et le jeu des acteurs sont irréprochables, il manque peut-être ici une petite étincelle : le personnage de Marius est si ambivalent et un peu retors qu’on a un peu de mal à complètement adhérer à un dénouement étonnamment tendre bien que cela fasse plaisir à voir évidemment. Peut-être qu’à l’instar de son anti-héros, le cinéaste a encore un peu de mal à lâcher du lest, sortir de la maîtrise, s’extraire de la posture pour toucher complètement le coeur avec authenticité. C’est le petit défaut de ce film à l’atmosphère étrange, qui ne manque pour autant pas de qualités et qui aborde de façon singulière des sujets universels et contemporains. 

Film présenté au Festival Chéries Chéris 2021 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)