TU ME MANQUES de Rodrigo Bellott : disparition et réparation
Critique du film Tu me manques de Rodrigo Bellott. Un drame inspiré d’une histoire vraie autour de l’homophobie persistante en Bolivie.
Avec ce long-métrage sensible et à fleur de peau, le réalisateur bolivien Rodrigo Bellott adapte une pièce qui a fait grand bruit en Bolivie et qui a elle-même été tirée d’une histoire vraie.
Tu me manques : une rencontre bouleversante entre un père et l’ex de son fils
Le film s’ouvre sur un père en larmes, Jorge (Oscar Martinez), qui appelle un inconnu répertorié sur le téléphone de son fils, Gabriel, qui vient de mourir. Il tombe sur Sebastian (Fernando Barbosa), l’ex de Gabriel. Il apprend à celui-ci la mort de Gabriel et alors que Sebastian est sous le choc, la conversation dérape. On comprend que Sebastian suspecte que la mort de Gabriel soit un suicide et que celui-ci soit lié au rejet de sa famille homophobe.
Vivant en Bolivie, le père de Gabriel décide de voyager jusqu’à New York pour rencontrer Sebastian et tenter de comprendre qui était son fils. Il n’a pas réussi à l’accepter et lui tendre la main de son vivant mais il a comme un déclic après tout ce qui s’est passé. Les choses ne vont toutefois pas être évidentes car Jorge reste un homme arriéré, avec beaucoup d’à priori.

Le deuil, la mémoire et l’homophobie au cœur du récit
Bien qu’ils se tolèrent à peine, Sebastian et Jorge vont passer du temps ensemble, car c’est là une façon pour eux de faire leur deuil et d’honorer quelque part la mémoire de Gabriel. Chacun a des souvenirs à partager, des facettes du défunt à faire découvrir à l’autre. En parallèle de cette rencontre singulière, Sebastian entreprend de rendre hommage à Gabriel et de combattre l’homophobie persistante en Bolivie en mettant en scène une pièce racontant le parcours tragique de son ex. Pour jouer son rôle, il va réunir trente garçons liés à la Bolivie et qui vont pour la majorité affirmer leur homosexualité au passage.

La mise en scène sensible et poétique de Rodrigo Bellott
Ce qui n’aurait pu être qu’un film social sur une homophobie persistante en Bolivie et un choc des cultures entre un ex new yorkais vivant dans une bulle et un père bolivien rétrograde, se révèle être bien plus que ça. Le réalisateur Rodrigo Bellott ne manque pas d’idées de mise en scène et malgré un budget limité propose de très beaux plans, des instants poétiques. Il entremêle moments du présent (où les échanges entre le père et l’ex sont centraux), flashbacks (avec notamment les souvenirs de la relation amoureuse de Sebastian et Gabriel, des débuts magiques aux instants douloureux alors que Gabriel n’arrivait pas à s’assumer), et envolées fictives avec la pièce de théâtre qui se met en place.
Un film LGBTQIA+ engagé et profondément universel
Porteur d’un message militant, le film n’en oublie pas la dimension cinématographique et y va à fond dans l’explosion des sentiments pour nous proposer un drame vibrant et universel.
Film produit en 2019, disponible en VOD et sur Queerscreen
