yurt, un film turc à thématique gay
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YURT, le film de Nehir Tuna : pensionnat et intense amitié masculine 

Critique du film Yurt de Nehir Tuna. Un film turc qui mêle politique, religion et amitié masculine crypto gay.

yurt, critique du film qui évoque une très belle amitié amoureuse masculine

Un drame turc sur la jeunesse confrontée à la religion et à la montée de l’islamisme dans les années 1990

Très beau premier long-métrage que Yurt de Nehir Tuna qui nous plonge dans la Turquie des années 1990. A cette époque, la Turquie traverse une période de tension profonde entre deux visions du pays : l’héritage laïque fondé par Mustafa Kemal Atatürk, qui prône un État moderne, occidental et séparé de la religion et la montée progressive de mouvements islamistes, qui veulent redonner une place centrale à la religion dans la vie publique et l’éducation. Ahmet (Doga Karakas), issue d’une famille aisée, est placé par son père dans un yurt, un pensionnat religieux où vivent des garçons. Ils y sont envoyés pour « devenir des hommes biens » et absorber une certaine idéologie.

yurt film de nehir tuna yurt, un film turc avec des moments crypto gay

Une amitié masculine intense dans un pensionnat religieux turc

Intense et un peu rebelle, pas très content d’être là, Ahmet ne se fait pas bien voir par les encadrants. Il se fait toutefois rapidement un ami très fidèle en la personne d’Hakan (Can Bartu Aslan), un garçon solitaire, issu d’un milieu pauvre. Hakan prend Ahmet sous son aile et ils deviennent rapidement inséparables. Alors qu’Ahmet découvre ses premiers désirs dans un contexte compliqué et qu’il s’amourache d’une camarade de classe, son imaginaire fantasmatique se révèle de plus en plus troublé par Hakan qui va devenir l’une des personnes les plus importantes de sa vie…

yurt un très beau film avec une thématique gay

Esthétique envoûtante et crypto gay

Impossible de ne pas mentionner la forme du film, absolument sublime, avec un très beau noir et blanc qui matérialise parfaitement la sensation d’enfermement d’Ahmet mais aussi ses moments de joie, ses peurs et ses rêves. Yurt adopte un rythme assez lent et contemplatif, nous faisant ressentir le quotidien pesant dans le pensionnat avec l’endoctrinement et les règles strictes qui vont avec. On pourrait à un moment redouter que le film tourne un peu en rond mais il étonne et prend une ampleur et une force émotionnelle inattendues dans sa deuxième partie.

Au-delà de la réflexion sur la Turquie et l’aspect politique, le film touche profondément par son récit d’amitié nimbée de sentiments entre Ahmet et Hakan, deux garçons contraires qui finissent par ne plus pouvoir se passer l’un de l’autre. Le réalisateur Nehir Tuna distille une petite flopée de plans crypto gays avant que les sentiments d’Ahmet vis à vis de son bel ami ne se précisent. Alors que le monde entier le déçoit, Ahmet trouve en Hakan la seule personne qui est toujours là pour lui, qui met littéralement de la couleur dans sa vie.

Au noir et blanc succède la couleur de ce que l’on pressent être un paradis perdu en puissance à venir. Yurt nous met alors une petite claque avec sa mélancolie, ses douleurs intériorisées et la perte de l’innocence vibrante de deux jeunes hommes rattrapés par un système.

Film produit en 2023 et disponible en VOD

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