THE BLUE HOUR (Onthakan) : entre romance gay adolescente et thriller fantomatique
Critique du film gay thaïlandais The Blue Hour
Une œuvre unique entre spleen adolescent et fantastique
Scénariste de la très intéressante série Boyslove NOT ME, Anucha Boonyawatana livre une oeuvre audacieuse avec The Blue Hour (soit l’heure bleue, ce moment juste avant le lever ou coucher du soleil, lorsque le ciel prend une teinte bleutée). On y retrouve dans le rôle principal l’acteur Gun Atthaphan Phunsawat qui avait également le premier rôle dans NOT ME.
Nous suivons Tam (Gun Atthaphan Phunsawat), un adolescent gay perturbé. Rejeté par sa famille qui n’accepte pas son homosexualité et le considère comme de la mauvaise graine, tabassé par ses camarades de classe, il est profondément vulnérable et mélancolique. Un jour, il se décide à rencontrer Phum (Oabnithi Wiwattanawarang), un garçon avec qui il échangeait en ligne. Le lieu du rendez-vous est particulier : une piscine désaffectée, abandonnée. Ils font connaissance puis se rapprochent dans le bâtiment autour. Comme Tam, Phum a un certain nombre de fêlures. Le coup de coeur entre eux est évident, ils commencent à vivre une passion et se créent un monde qui n’appartient qu’à eux. Une nuit, Phum emmène Tam au coeur d’une étrange décharge. Il va lui parler de son passé, de tout ce qu’il a perdu et de son envie de revanche…

Un film rare
Le film est très spécial et est resté complètement hors circuit, ne bénéficiant par exemple en France ni d’une sortie cinéma ou même VOD et même pas de sélection dans les festivals LGBT d’envergure. C’est pourtant une véritable curiosité de cinéma et la réalisatrice Anucha Boonyawatana impose ici un ton, une sensibilité, un regard, une atmosphère complètement uniques. Elle part du spleen adolescent et de la solitude pour nous emmener sur des territoires sinueux.
Tout le film baigne dans un rythme étrange, nimbé de mystères, brouillant de plus en plus les pistes, les lignes entre réalité et projections. Et sans prévenir, on passe fréquemment de la chronique adolescente mélancolique à quelque chose de plus fantomatique, morbide voire menaçant. The Blue Hour s’aventure ainsi en partie du côté du thriller voire joue avec les motifs de l’horreur pour explorer la psyché de son personnage principal en souffrance.

Une expérience poétique et envoûtante
Si c’est un long-métrage qui se mérite par ses parti pris narratifs et esthétiques, par son rythme lancinant et quasi hypnotique, ceux qui y succomberont garderont définitivement quelque chose en eux pour un bon moment. Cette romance adolescente au parfum d’irréel nous laisse avec un mystère entêtant et après nous avoir fait ressentir tout un tas d’émotions et sensations contradictoires. Il faut espérer qu’à un moment cette pépite sera (re)découverte et mise en avant.
Film produit en 2015 / A défaut d’une sortie légale, si vous cherchez sur Google vous pourrez trouver des versions du film avec sous-titres anglais
