MUSCLE : le film rare et sulfureux de Hisayasu Satô
Critique du film Muscle de Hisayasu Satô. Relation tordue et obsession dans un long-métrage étrange devenu culte.
On ne peut définitivement pas recommander Muscle à tout le monde tant il est bizarre et par moments franchement dérangeant. Le film du réalisateur Hisayasu Satô est à l’heure de l’écriture de ces lignes introuvable, on le déniche de façon détournée en cherchant sur Internet.
Nous suivons Ryuzaki (Takeshi Itô), rédacteur en chef d’un magazine de musculation. Son attrait pour les hommes adeptes de culturisme ne fait pas de doute, comme nous le laisse entendre une introduction moite. C’est pourtant un aspirant culturiste assez fin qui va l’obséder : l’énigmatique et jeune Kitami (Simon Kumai). Se présentant à un casting, Kitami attire directement le regard de Ryuzaki et les deux hommes entament une passion abrasive. Rapidement, Ryuzaki découvre que Kitami n’est pas comme les autres : il est sadique au lit et l’initie à des jeux pour le moins douloureux et dangereux. Ryuzaki se laisse entraîner et finit un jour par péter les plombs : dans un élan de folie, il coupe le bras de son amant ! Il est alors envoyé en prison.
Après avoir purgé sa peine, Ryuzaki entame une longue errance, guidé par deux obsessions : trouver une copie du film Salo de Pasolini (qui est sorti au cinéma quand il était emprisonné) et retrouver la trace de Kitami qui malgré tout ce qui s’est passé le hante encore… La quête de son amour perdu va amener Ryuzaki à croiser le chemin de différents marginaux, aussi détraqués et perdus que lui…

Un long-métrage subversif entre fétichisme, pulsions et fascination pour l’interdit
Ce long-métrage subversif et sombre à la bonne idée de ne pas durer plus d’une petite heure et parvient en peu de temps à marquer la rétine avec quelques plans et scènes assez traumatisantes. Difficile de ne pas avoir envie de crier alors qu’on découvre l’intimité particulièrement dérangée et dérangeante de Ryuzaki et Kitami. SM, Eros, Thanatos… Fasciné par les muscles et la discipline du corps, le personnage principal n’a pas su tenir la distance des rituels érotiques de son amant, sombrant dans la folie…à moins que ces jeux n’aient révélé sa part fétichiste la plus obscure ? Ce n’est sans doute pas un hasard si tout le film durant Ryuzaki cherche à mettre la main sur Salo de Pasolini, une des oeuvres les plus choquantes et dégoûtantes de l’Histoire du septième art. Kitami a réveillé sa monstruosité, son attrait pour l’interdit et le morbide.
La noirceur de l’ensemble, bien que nimbée d’une certaine mélancolie, ne plaira pas à tout le monde mais fait de Muscle une curiosité de cinéma obscur. Romantisme singulier et folie pure s’entrelacent au gré de rencontres hautes en couleur dans les bas fonds et jusqu’à un final jusqu’au boutiste.
Film produit en 1989
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