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DARKROOM – DROPS OF DEATH de Rosa von Praunheim : empoisonnés

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Ecrivain et réalisateur culte, Rosa von Praunheim s’attaque à un fait divers glauque et choc survenu en Allemagne en 2015 : la terrible histoire de « L’empoisonneur au GHB ». Après ce film tu n’accepteras plus jamais qu’on t’offre un verre.

Lars (Maksim Djadjov) reste figé lors de son procès. Il est accusé d’avoir tué trois hommes et d’avoir essayé d’en assassiner deux autres. Il se refusera à expliquer ses gestes jusqu’au bout. Le film tente de comprendre ce qui a bien pu se passer dans la tête de cet homme dérangé que personne n’imaginait capable de pareilles atrocités. Qu’est-ce qui l’a empoisonné lui au point qu’il empoisonne littéralement les autres ?

Il y a eu déjà un trauma d’enfance évident. Avec des parents aux abonnés absents, Lars a grandi à Sarrebruck élevé par sa grand-mère très croyante et homophobe sur les bords. Son quotidien bascule quand, travaillant dans un bar gay, il rencontre le doux et gentil Roland (Heiner Bomhard). Les amis de ce dernier n’aiment pas Lars qu’ils trouvent moche et bizarre mais Roland suit son coeur. Ils restent ensemble pendant 6 ans et quand Roland décide de déménager à Berlin avec ses amis, Lars le suit. Ils aménagent ensemble leur appartement.

Cette relation de couple stable a toutefois ses zones d’ombres : Roland a tenu à opter pour la formule du couple libre, l’autorisant à coucher de temps en temps avec d’autres hommes. Lars a accepté mais vit assez mal la chose. Un soir, alors qu’il essaie de profiter aussi, seul de son côté, il s’aventure dans une ère de drague en plein air. C’est là qu’un jeune homme lui fait découvrir le GHB. Ayant un passé d’infirmier, Lars s’intéresse de près à ce produit et en commande. Il va s’en servir pour assouvir son fétichisme morbide et secret. En effet, dans le passé, quand il travaillait comme infirmier, Lars avait accompagné des personnes en fin de vie et avait ressenti une sorte d’extase à voir des patients mourir. Il va rechercher cette extase en ciblant des garçons qu’il va duper en leur offrant des verres empoisonnés. Il commence alors une double vie : empoisonneur pervers, mythomane et assoiffé de domination d’un côté et petit ami aimant avec Roland de l’autre…

darkroom rosa von praunheim

L’histoire fait franchement froid dans le dos et nous amène à psychoter sérieusement : on ne veut souvent pas le voir mais la drague gay peut être terriblement dangereuse surtout pour ceux qui s’autorisent des plans. Il est si facile se retrouver dupé, manipulé, abusé. Et au final on ne peut jamais savoir qui sont vraiment ces gens chez qui on va ou que l’on accueille chez soi. Avec sa mine timide, Lars passe facilement pour un Monsieur tout le monde inoffensif. Et pourtant il est totalement dérangé… Maksim Djadjov livre une très bonne interprétation riche en nuances et il en va de même pour Heiner Bomhard qui fait franchement mal au coeur en amoureux qui n’a rien vu venir.

Hautement parano, le film creuse ce terrible constat qu’on ne connait jamais vraiment l’autre. Votre mec peut avoir des trips horribles et vous ne voyez rien même en restant avec lui des années. Votre compagnon peut vous laisser mourrir quand vous tombez malade car il préfère se recentrer sur lui.

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Rosa von Praunheim a ici entre les mains un sujet aussi intéressant que glaçant et y apporte sa touche underground. Pour contrebalancer le glauque, le réalisateur opte parfois pour des scènes à l’humour noir. Côté réalisation, si les scènes au tribunal sont un peu cheap, toute la relation entre Roland et Lars ainsi que le basculement définitif dans la folie de ce dernier sont traités avec brio. Le film a un peu un aspect fourre-tout, fou, qui est finalement à l’image de son personnage principal. Un trip sombre et sans concession qui va jusqu’au bout des ténèbres.

Film présenté au Festival Chéries Chéris 2019

 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)