JUSQU'À TOI

La catastrophe de la Saint Valentin

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Cela faisait un moment que j’avais envie de reprendre des chroniques gays un peu persos. Alors que la Saint Valentin approchait, je me suis dit que c’était peut-être le bon moment. Voici donc une nouvelle rubrique « Jusqu’à toi ». Elle existera jusqu’à ce que je trouve un amoureux. J’ai rien trouvé de mieux pour me motiver à sortir plus dans les bars plutôt que de geeker sur les applis :p Elle se terminera peut-être dans deux semaines si j’ai de la chance où elle durera toute la vie eeeek.

Cela fait bien trois ans maintenant que je suis célibataire pour la Saint Valentin. 3 longues années de célibat, parfois heureuses, parfois subies. Tu sais comment c’est : la première année, tu as rompu, tu n’as aucune envie de te poser, tu as envie de profiter, porté par une grande soif de liberté. « Je vais penser à moi et juste à moi bordel !!! ». Et puis les années passent et les câlins et les bisous finissent par manquer.

Ma première année de célibat était clairement débridée. Je me suis aventuré dans les sexclubs parisiens, j’ai fait de nouvelles expériences. J’ai appris d’ailleurs à apprécier ces endroits qui me tétanisaient il y a encore quelques années. J’aime bien les sexclubs car les mecs savent qu’ils sont là pour choper, l’interaction est facile, directe. Je suis un grand grand timide et c’est agréable d’être dans un bar et de ne pas perdre trois heures à fixer quelqu’un en espérant qu’il vienne te parler, tout ça pour peut-être rien. Le problème, c’est que forcément qui dit sexclub dit sexe et que dans ce type d’endroit même s’il n’est pas exclu de trouver la perle rare (l’amour est partout !), tu finis souvent par faire du sale et basta.

Je me suis peut-être un peu trop abandonné à ces interactions ultra cash. On s’habitue à la facilité et on se retrouve sans s’en rendre compte pris dans un cercle vicieux. J’ai la trentaine et j’aspire je pense à un peu plus que des parenthèses sexuelles. J’ai envie d’avoir un amoureux qui m’accompagne à mes festivals pop d’été, avec qui aller voir des films, voyager… En cette année 2020 et pile pour la Saint Valentin j’ai donc décidé de me remettre en quête d’une douce moitié. Certains me diront que c’est pas en cherchant qu’on trouve. Certes. Mais il y a un moment où il faut bien se bouger. Moins de sexclubs, plus de bars. Je sais que je suis prêt pour le trouver mon grand amour, je me suis convaincu que je le mérite et je suis dans un bon mood. 

Vendredi 14 février 2020. Forcément c’est toujours un peu le bad de ne pas avoir de Valentin. J’ai la fatigue de la semaine qui me donne envie de rester chez moi et de regarder un film mais je décide de me forcer à bouger. Si ça se trouve cette Saint Valentin va me porter chance. J’essaie de motiver plusieurs potes pour aller au M’sieur Dames. C’est un bar gay dans le 11ème arrondissement de Paris et il y a une soirée messages organisée. J’adore les soirées messages. Je trouve ça mignon et quand on est timide ça aide à établir le contact de s’envoyer des petits mots. La soirée s’appelle « Dirty Dating », elle est vendue comme une soirée qui pousse les interactions pour les plans d’une nuit ou pour la vie. Je me dis qu’il y aura des mecs comme moi qui ont bien envie de ne pas passer la Saint Valentin tout seul.

bar msieur dames paris

Mes potes ne sont pas dispos et je me lance en solo. Il n’est jamais évident d’aller tout seul dans un bar, surtout à Paris où les mecs sont souvent peu avenants. Mais je me dis que je vais me pousser et que le concept « soirée messages » devrait aider. J’arrive vers 21h au M’sieur Dames. Il y a pas mal de monde. Le bar est petit mais chaleureux, la clientèle assez variée côté âges et physiques avec quand même une majorité de trentenaires. Ambiance bon enfant, déco un peu arty. Côté musique c’est dur à dire si elle est bonne ou pas : on ne l’entend pratiquement pas, elle est noyée par les bruits des gens qui discutent.

Je me prends un Spritz au bar et observe qu’autour de moi tous les mecs ont un numéro pour participer à la soirée messages. Je demande au bar comment avoir mon numéro. « Il est parti aux toilettes ». Le messager revient et j’ai enfin mon numéro : ça peut commencer ! Je navigue, mon Spritz à la main, et cherche mon potentiel numéro gagnant. Le numéro 13 me plait beaucoup. Je lance quelques regards mais je n’arrive pas à dire si réciproque il y a. Il est avec ses amis et est occupé. On en arrive à l’énorme problème des bars gays parisiens quand tu es célibataire : les gens viennent en bande, ça se mate un peu mais personne ne fait le premier pas. La légende comme quoi les gays parisiens ne sont pas faciles d’accès ne vient pas de nulle part. C’est un putain d’enfer quand tu es timide comme moi. Beaucoup de mecs sont là avec leurs potes et n’ont aucune envie de faire de nouvelles connaissances. Je reste 30 bonnes minutes comme un autiste avec mon verre.

La première salve de messages commence. L’animateur est déjà à moitié pété. Il annonce au micro les numéros qui ont reçu des messages, en lit certains publiquement et pour d’autres il les donne sans commentaire. Je réalise qu’en fait personne ne fait cette soirée sérieusement. Les gars du bar se servent du concept de la soirée pour se faire des vannes de cul entre potes. Et l’animateur attend deux secondes pas plus que quelqu’un vienne chercher son message et s’il n’arrive pas il jette le message. Je commence à avoir peu d’espoir dans ce dispositif qui était pourtant si prometteur et romantique. 

Deuxième verre, je teste un cocktail maison. Je vais dehors où tout le monde fume, je reconnais le photographe Jérôme Sussiau dont je partage parfois le travail sur Instagram. Il est là avec son mec qui est humoriste et des amis. On ne s’est jamais parlés, je me présente, il est pas très causant et visiblement occupé. Je retourne au bar près du Numéro 13. Échanges de regards furtifs. Bon… Je décide de me lancer et d’écrire un mot. Au moins il y en aura un vraiment sérieux.  J’écris : « T’es trop chou ».

J’attends le moment de la prochaine lecture de messages avec un peu de fébrilité quand je vois débarquer dans le bar Geoffrey Couët, l’acteur de Théo & Hugo dans le même bateau et des Crevettes pailletées. Il me salue, il est toujours très sympa avec tout le monde. Il est accompagné de son copain et comédien François Nambot que j’ai adoré dans les films de Ducastel et Martineau au point de faire des billets un peu transis d’amour pour lui. Je vois que Geoffrey essaie de lui dire discrètement que je suis le mec qui a écrit des articles sur lui sur ce blog gay… Le beau François finit par venir me parler pour me remercier pour les posts. Je suis complètement figé, je pense qu’à cet instant je ressemble à un gros geek fanboy mal à l’aise. Il faut dire que c’est un drôle de truc d’avoir en face de toi un acteur qui te remercie pour ce billet que tu as fait dans lequel tu as écrit qu’en plus de le trouver talentueux tu le trouves trop beau, que t’es amoureux de lui et le désire. Bref je ne tiens pas trop la conversation et j’ai un pic de timidité phénoménal. Ohlala. 

Je retourne à l’intérieur alors que la lecture des messages commence. Mon message sort, le numéro 13 est appelé au micro. Mais il n’entend pas l’appel et l’animateur jette le message. Voilà, VDM. Je décide de bouger.

Où aller quand tu es en mode solo ? Je pense au Duplex, rue Michel Le Comte dans le troisième arrondissement de Paris.  C’est un choix périlleux car typiquement c’est le genre de bar où tu peux passer toute la soirée seul sans que personne ne t’adresse la parole. Mais bon ça se tente, je n’ai pas envie de déclarer forfait si vite. J’arrive, la musique est pas trop mal (ce qui est déjà un exploit car la musique dans les lieux gays parisiens est une totale catastrophe), il y a un peu de monde. Le Duplex est sur deux étages. Au +1 il y a les toilettes et un fumoir (qui comme partout est LE lieu où tu peux espérer que les gens finissent par te parler).

Je prends un nouveau Spritz et je commence à être un peu ivre (avec la fatigue, ça monte si vite). Un mec, la cinquantaine et l’air un peu vicelard, vient me parler en anglais en me demandant si je suis américain. Joueur, je réponds que oui mais il commence à me tenir la grappe. Il doit être bien bourré aussi car mon accent anglais n’est pas au top et il a l’air de me croire vraiment quand je lui dis que je suis un artiste new yorkais. LOL.

Floue devient la nuit, grimpe l’envie

Je vais au fumoir et un mec métisse se met à me parler en anglais. Lui aussi me pense américain. Il est surpris que je sois français, il trouve que j’ai un look d’étudiant américain. Il est bien pété et c’est pas trop mon style, la conversation ne va pas bien loin. Je redescends. Je me reprends un verre. La tête commence à tourner. Je remarque un mec charmant, fin de trentaine, qui est là à discuter avec ses amis. Petit échange de regards. Je reste à côté d’eux, on ne sait jamais s’ils décidaient de m’intégrer dans leur cercle. Mais au bout de 10 minutes je me sens un peu bête planté comme un piquet. Je me dis que je dois avoir l’air d’un freak ou d’un stalker. C’est vraiment vraiment pas facile la drague dans les bars parisiens. Je me retourne et me retrouve nez à nez avec Claudius Pan. Décidément tous mes artistes fantasmes débarquent en cette nuit de Saint Valentin. Comme avec François Nambot, je suis en mode timide. J’arrive quand même à avoir un mini échange avec lui pour lui dire que je suis à la moitié de son livre Carpe Noctem et que c’est vachement bien.

Dans un monde idéal, j’aurais fini la soirée avec Claudius et ses amis à parler d’art et de tas de choses. Mais il m’a salué et est parti avec ses potes dans un coin, j’ai pas osé m’incruster. Premier billet et premier constat : j’ai vraiment un soucis avec cette p*tain de timidité. Si je veux trouver un mec, il va falloir que je me sorte les doigts du cul pour dire les choses franchement. Quand t’es super timide, les gens ont pas forcément envie d’aller vers toi, te trouvent chelou ou sauvage. Il y a des soirs où j’arrive à sortir de mon mutisme mais en ce 14 février où je suis crevé et bourré j’ai du mal. Il faudrait peut-être songer à rentrer pour arrêter les frais. Il faut parfois accepter qu’il y a des nuits comme ça où le miracle de l’amour n’opère pas.

Je vois toujours ce mec fin de trentaine qui me plait et qui est désormais seul avec son amie fille. C’est peut-être un peu idiot mais la présence des filles me rassure toujours. On se sent moins jugé que devant une horde de gays. Je décide de me lancer : au pire je me prends un gros vent et je pourrai parler avec sa copine. « Salut, vous passez une bonne soirée ? » (pas trouvé mieux). Ma charmante cible sourit et a visiblement l’air contente que je me sois jeté à l’eau. Voici N. Il est artiste et retape de vieux meubles qu’il trouve dans la rue. Il les stocke chez lui et espère faire une expo bientôt. Il est charmant et arty : et si la chance me souriait finalement ? On passe une quinzaine de minutes à discuter avec lui et son amie qui est une artiste bulgare. La fille est très sympa, me met à l’aise. Je me sens bien avec ces deux-là. On sort tous les trois dehors pour fumer. On commence à parler de cinéma. Comme trop souvent, je ne suis pas vraiment capable de mettre des filtres et je me mets à parler de ma passion pour le porno gay artistique des années 1970. Ça les fait marrer et N. lance « Mais qu’il se taise, il faut l’embrasser pour qu’il arrête de dire des conneries ». Il ne m’embrasse pas mais a ce sourire charmeur qui fait battre plus fort le coeur. Son amie dit qu’elle est fatiguée et qu’elle va nous laisser. Elle part en me disant « Peut-être à très vite » avec un air un peu complice.

N. me regarde : « Bon ben voilà on est juste tous les deux maintenant ! ». Je l’embrasse. Il me rend le baiser mais me dit « Doucement, c’est trop facile de s’embrasser, montre-moi un peu qui tu es ». On retourne au bar. On parle de musique. Il aime Bashung, Gainsbourg… Il me plait beaucoup beaucoup. Il m’embrasse dans le cou puis sur la bouche. On se reprend un verre. Il m’embrasse encore, avec la langue cette fois : « T’as de beaux yeux, c’est bien que tu sois venu me parler, je t’avais remarqué dès que t’es arrivé ». Papillons dans le coeur. Je lui fais remarquer qu’il aurait pu me parler lui aussi plutôt que de me laisser galérer un long moment. Il répond « Ça me plaisait l’idée que tu viennes vers moi ».

On se tourne autour, on se bécote, le reste du bar n’existe plus, je suis pris dans le truc. L’alcool renforce le désir. Il n’est pas avare en compliments : « T’es un beau garçon, mes potes et mes parents seraient contents si je te présentais ». Et puis alors qu’il parle de ses ex, il me dit qu’il est nul, compliqué. En rigolant il lance « Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi ? ». Je rétorque qu’il est culotté, qu’on est deux et qu’on n’a pas à se poser de questions. « Je veux pas que tu sois déçu si c’est pas plus qu’un truc d’une nuit ». Je lui dis d’arrêter de réfléchir. On s’embrasse et là il commence à faire un virage un peu plus sexe : « Tu es le genre de garçon qu’on a envie d’embrasser et de fesser en même temps ». Je me marre : « Et qu’est-ce qui te dit que je suis passif ? ». Il me dit qu’avec ma petite chemise et ma façon de me tenir j’ai marqué « passif » sur mon visage. Bon j’avoue j’ai une tenue vraiment preppy et je me connais quand j’ai bu je peux avoir un air de puceau perdu. Sa remarque me fait rigoler et je lui explique que je n’ai été en couple qu’avec des passifs même si je suis versatile.

Ça chauffe un peu, il alterne compliments et petits pics sexe. Il me dit qu’il a hâte qu’on soit chez lui et qu’on se frotte nus l’un contre l’autre. Bosse dans le pantalon, direct. Il a un truc touchant car il n’arrête pas de dire qu’il ne sait pas quoi faire, que si ça se trouve il me décevra si après notre nuit on ne sort pas ensemble et qu’en même temps il a envie d’un vrai truc sérieux. Je le calme, lui dit que je suis un grand garçon et qu’il n’en sait rien, si ça se trouve il va être à fond et je vais le planter moi, qu’il faut profiter du moment. C’est un peu une blague quand même que ce soit moi qui tienne ce genre de discours alors que je suis tout le temps dans l’analyse. 

On sort fumer, on s’embrasse encore et encore. Il est de plus en plus démonstratif : « Tu es vraiment mignon, mais qu’est-ce que tu me trouves ? ». J’aime ce qui se passe, c’est piquant, il y a du jeu de séduction, de la sensibilité, de la sensualité. C’est vif et sexy. On retourne dans le bar, il se met à boire beaucoup d’eau car il dit qu’il est quand même pas mal bourré. Toujours taquin, il m’interroge :  « Tu es un de ces garçons qui savent partir au bon moment le matin, qui sentent quand c’est le bon moment de partir ? ». Je lui fais remarquer qu’il accumule un peu quand même les phrases de connard, ce qui le fait sourire. Il dit qu’il va aux toilettes : « Tu m’attends hein… ou pas… si ça se trouve tu seras plus là quand je descendrai ». Je souris et lui dit que je pourrais en être capable. Il va aux toilettes.

Ce côté « amour vache » a créé une complicité instantanée et je me sens super à l’aise. Peut-être trop. J’ai l’idée idiote de lui faire une blague et de sortir pour lui faire croire que je suis parti puis de le surprendre quand il sortira inquiet du bar. Sauf qu’il ne sort pas. Je retourne alors à l’intérieur et il me lance : « Ah ben je croyais que t’étais parti, j’aurais été bluffé, t’aurais eu tout mon respect ». Je lui dis qu’il est con. On s’embrasse. Il surenchérit « Non mais ça aurait été bien que tu le fasses, ça aurait montré que t’avais du caractère, ça m’aurait épaté ». Je réponds « Ouais ça aurait été un peu navrant de partir comme un voleur non ? ». Il commence à s’énerver : « Navrant ? Mais non c’est tout l’inverse tu n’as rien compris ! ». En effet je ne comprends pas trop. « Bon ben moi je me casse pour le coup ». Et là il se retourne brutalement et disparait à la vitesse de l’éclair sans un baiser ni un regard.

Je suis cho-qué. Je reste planté, hébété. J’essaie de comprendre le délire mais alors là… Je me dis qu’il me retourne peut-être ma blague débile et qu’il va revenir. Mais 20 minutes plus tard le doute n’est plus permis. Il s’est vraiment barré !

C’est officiel : cette Saint Valentin 2020 est un beau gros fail. Un mec surgit de nulle part et commence à me tourner autour mais je suis ailleurs. Je n’ai plus l’énergie pour flirter. Il me demande si ça va ,un peu inquiet. Je lui raconte ce qui vient de se passer. Il se lance dans une tirade : « Mais tu as la trentaine comment c’est possible d’être aussi naïf ? En même temps ça se voit à ton visage que tu es trop gentil, tu es une proie facile pour ce genre de mecs. Il faut pas être gentil, tu regardes un peu autour de toi ? Il faut être méchant avec les PD ! C’est la jungle ici !». O-K. Il se met à me raconter que lui il emmerde tout le monde, qu’il est en couple, qu’il a des amants et qu’il est venu là pour passer une bonne soirée.

Bon, c’est l’heure de rentrer je pense que j’ai eu mon lot d’émotions pour ce soir. Alors que je commate dans le Uber retour, je me dis qu’au moins j’aurai eu le courage d’aborder quelqu’un même si le résultat a été une jolie petite catastrophe. Se remettre en quête de l’amour c’est un peu se jeter dans la fosse aux lions. Ce soir je n’ai pas pécho le bon numéro. 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)