CINEMA

LES FEUX DE L’ÉTÉ de Martin Ritt : une famille dans les flammes

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Ben Quick (Paul Newman) passe sa vie à aller d’une ville à l’autre, traînant avec lui une fâcheuse réputation. La rumeur voudrait qu’il ait incendié plusieurs fermes suivant des motifs plus ou moins clairs. Alors qu’il débarque dans une petite bourgade du Mississippi, il tente une fois de plus de reprendre une existence normale. Ainsi va-t-il frapper à la porte des Varner, famille régnant sur les parages grâce à divers commerces. Le chef de famille, Will (Orson Welles) étant à l’hôpital, c’est son fils Jody (Anthony Franciosa) qui le reçoit et lui offre un modeste poste. Quand le père revient en grande pompe, inquiet de la présence de ce possible incendiaire dans ses affaires, il décide de lui rendre visite. Contre toute attente, une certaine amitié naît entre les deux hommes.

S’il passe son temps à humilier son fils et à se lamenter que sa fille Clara (Joanne Woodward) ne se marie pas et n’est pas en mesure de lui donner des petits enfants, le riche entrepreneur voit définitivement en Ben une sorte de fils de substitution, un rebelle plein de ressources pouvant sans doute prendre la relève de tout ce qu’il a bâti jusqu’alors. L’attention que suscite le jeune et bel outsider finit par irriter Clara et attiser la jalousie de Jody… Le climat se fait encore plus tendu lorsque le père pose à sa fille un ultimatum : soit elle parvient à épouser Alan (Richard Anderson), fils de bonne famille aux manières un peu trop délicates, soit il donnera sa main à Ben…

les feux de l'été film

Adaptation libre de plusieurs récits de William Faulkner dont Le Hameau, Les feux de l’été (The Long, Hot Summer en VO) est un mélodrame à la cruauté et l’humour pour le moins marqués. Le film s’ouvre sur l’arrivée en ville du maudit Ben Quick, condamné à l’errance en raison de rumeurs plus ou moins fondées qui feraient de lui un voyou incendiaire. Pas du genre à se laisser abattre, conscient de son charisme et de ses charmes, il essaie une nouvelle fois de se frayer un chemin en travaillant pour les Varner. Bonne pioche : sa motivation et son acharnement séduisent le chef de la famille qui se retrouve en lui. De façon assez spectaculaire, Ben ne cesse de gravir les échelons. Et attise jalousie et haine de la part des enfants de Will Varner. Ce dernier est en effet loin d’être un père modèle et a pris pour habitude de malmener son fils Jody et sa fille Clara avec lesquels il vit dans sa grande demeure. Jody est en couple avec Eula, jolie blonde un rien écervelée, pin up de la ville qui fait fantasmer les adolescents. Il a toujours fait son maximum pour prouver à son père qu’il était apte à prendre la relève. Mais il n’est jamais parvenu à obtenir de lui le moindre soupçon de fierté. Au contraire, Will passe son temps à chercher la petite bête, à s’attarder sur ce qu’il fait de travers. Pour lui, il n’est pas un homme et ne mérite à l’évidence pas son affection. Clara, belle jeune femme cultivée, officiant comme institutrice, obtient davantage d’égards. Elle lui rappelle sa femme. Mais malgré cela, sa misogynie ne pardonne pas : sa fille est avant tout à ses yeux un moyen de lui donner un petit fils. Lassé qu’elle ne se trouve pas un mari, il finit par la menacer de la marier de force à Ben Quick. Propulsé au milieu de cette famille où règne le déséquilibre, ce dernier sait la jouer fine. Il séduit le père et fait un rentre dedans plus qu’agressif à la fille. Mais Clara n’est pas du genre à se laisser embobiner…

Derrière une saga familiale digne d’un soap opéra se dessine des portraits d’hommes et de femmes qui doivent tous composer avec des zones d’ombre, des rêves et des angoisses. Will Varner revient de l’hôpital et commence secrètement à s’inquiéter pour ses vieux jours. Il devient alors obsédé par l’idée d’assurer sa descendance, de mettre en place une relève. Ayant lutté toute sa vie pour rendre fier son père, Jody finit par céder peu à peu à une certaine folie, alors qu’il constate que tout le monde semble se moquer de lui. Refusant d’être une banale femme au foyer et de se marier avec le premier venu, Clara accumule les rendez-vous avec le raffiné Alan. Mais ce possible prince charmant semble bloqué, ne songe pas à vivre avec une autre femme que sa propre mère (il est subtilement insinué qu’il pourrait être homosexuel). Quand son père la menace de la marier de force, Clara voit rouge : toutes ses valeurs pourraient subitement être mises à mal. Enfin, Ben Quick, assurément arriviste et joueur, cache derrière sa grande assurance des fêlures liées à son enfance.

Au fil de l’intrigue, entre confrontations et humiliations, les masques tombent, mettant en lumière l’humanité et la vulnérabilité de chacun. Le scénario est un peu cousu de fil blanc, notamment un happy ending expédié et légèrement improbable. Qu’importe : le charme du Technicolor, l’élégance de la mise en scène, le piquant des dialogues et le somptueux casting (marquant la rencontre entre les amoureux Newman et Woodward) rendent ce drame familial extrêmement savoureux. Une nouvelle occasion de tomber amoureux de Paul Newman qui joue plus que jamais ici de ses yeux bleus électriques.

Film sorti en 1956 et disponible en DVD et sur Mycanal

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)