CINEMA

PULSIONS (Dressed to kill) de Brian De Palma : tensions

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Kate Miller (Angie Dickinson) , la cinquantaine, est une femme frustrée. Mère du jeune Peter (Keith Gordon) ,qui passe son temps dans sa chambre à tenter de créer diverses inventions, elle ne s’épanouit pas au lit avec son mari. Elle en vient à se demander si ce n’est pas elle le problème. Ne serait-elle plus attirante ?

La bourgeoise confie ses déboires à son psychanalyste, le docteur Elliott (Michael Caine). Elle lui demande si il la trouve attirante, il répond par l’affirmative mais refuse ses avances.

Plus tard, en pleine visite dans un musée, Katie est attirée par un inconnu dont le regard est masqué par des lunettes noires. Un jeu du chat et de la souris commence, qui s’achèvera en étreintes torrides dans un taxi et dans l’appartement du bel inconnu. Mais après une nuit chaude, Katie déchante : en fouillant dans ses affaires, elle découvre que son partenaire à la syphilis ! Tentant de prendre gentiment la fuite, elle part en oubliant sa bague de mariage. Et en retournant la chercher, elle tombe sur une mystérieuse blonde qui l’assassine à coups de rasoir. Liz Blake (Nancy Allen), entrevoit la scène à travers les portes de l’ascenseur dans lequel a lieu le massacre. Quand elle va raconter ce qu’elle a vu à la police, personne ne la prend vraiment au sérieux car il s’avère qu’elle est une prostituée.

Problème : la tueuse blonde ayant vu Liz, la voilà à sa poursuite, prête à la tuer à son tour. Peu rassurée, Liz va faire équipe avec le fils futé de la défunte Kate Miller pour tenter de trouver qui est la psychopathe qui en a après elle…Pendant ce temps, le docteur Elliott doit composer avec le fait qu’il sait très bien qui est l’auteur du crime. Il s’agirait d’un de ses patients, Bobbi, un homme désireux de changer de sexe et qui, frustré de ne pas pouvoir accomplir ses démarches, aurait fini par céder à des pulsions meurtrières.

pulsions film brian de palma
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Pulsions (Dressed to kill en VO) s’ouvre sur une scène très chaude dans laquelle Kate Miller jouit dans sa douche avant d’être victime d’un agresseur. La femme hurle et se réveille : ce n’était qu’un rêve. De la pulsion sexuelle à la pulsion meurtrière n’y aurait-il qu’un pas ? La petite et la « vraie » mort sont-elles foncièrement entremêlées ? La lady, classe mais vieillissante, s’ennuie ferme dans son quotidien, aimerait plaire à nouveau. Quand au musée un bel inconnu semble la remarquer, elle se sent prête à oser l’adultère. Cette scène, magistralement mise en scène, réappropriation grandiose d’un passage culte de Vertigo d’Hitchock, est une véritable montée en puissance, érotique et ludique en diable. Le jeu du chat et de la souris excite, puis paraît interminable, frustre, en devient presque grotesque, comique. Tout le film sera d’ailleurs parsemé d’un caractère bitchy, second degré, un poil vulgaire. Et cela contribue à le rendre aussi intense que culte. A l’instar de Body Double, Brian De Palma conjugue grand cinéma et plaisir presque coupable. De quoi assurer le divertissement.

La tension, sexuelle en diable, trouvera une résonnance plus tard, de façon bien plus macabre, lorsque Liz sera poursuivie par la psychopathe au rasoir dans le métro. Le partenaire sexuel comme la victime sont des proies, des objets de pulsions qui demandent à être assouvies mais pouvant laisser place après l’acte à une forte culpabilité.

Concernant l’intrigue, très bien ficelée, impossible de ne pas penser à Psychose d’Hitchcock. Scènes de douche, héroïne adultère à laquelle on s’attache et qui finit zigouillée, tueur adepte du travestissement, psychanalyse… De Palma y apporte sa touche personnelle, sa modernité (des scènes plus crues, des personnages tournés en dérision, des dialogues acides et tordants).

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La féminité est également au cœur de ce long-métrage brûlant. Katie Miller trouvera la mort pour avoir troublé son bourreau en le provoquant sexuellement. A force d’exciter, les femmes rendraient fous. Fous de désir ou de convoitise. Objet de fascination et de haine, véritable mystère, la femme est ici hyper sexuée, à la fois victime et puissante, clé des fantasmes et des névroses.

Etant ni plus ni moins un des premiers grands films à aborder la question de la transsexualité, ce long-métrage porte bien son titre français. De Palma parvient en effet tout à fait à jouer avec nos plus viles pulsions, et s’amuse à déjouer nos attentes. Le résultat est aussi brillant qu’amusant.

Film sorti en 1981 et disponible en DVD

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)