CINEMA

UN BAQUET DE SANG de Roger Corman : l’homme qui voulait être artiste

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Walter travaille comme serveur dans un bar fréquenté par de nombreux artistes. Il est fasciné, boit les paroles d’un poète qui parle de l’importance de l’art, du fait que l’art est souvent plus important que la vie. Introverti, différent, traité comme un moins que rien par tous ceux qui l’entourent, Walter rêverait de devenir un artiste histoire de pouvoir se trouver une légitimité. Ce serait peut-être aussi le moyen pour lui de séduire Carla, femme dont il est secrètement amoureux et qui travaille dans la galerie à côté du bar…

Alors qu’il se met à la sculpture, Walter peine à trouver l’inspiration, à maitriser l’argile. Et voilà que par accident il tue son chat ! Il le recouvre d’argile et en fait une œuvre d’art. Tout le monde s’extasie devant son « talent » insoupçonné et le pousse à continuer, ignorant que le chat qu’ils ont devant les yeux est un vrai chat mort. Petit à petit, Walter prend confiance en lui et cède à une certaine folie : après son chat, il va s’attaquer aux êtres humains…

Tout le monde a un jour rêvé de devenir un artiste : la possibilité de pouvoir s’exprimer au grand jour, d’être l’objet d’admiration, de se sentir important… Mais l’art est souvent quelque chose d’abstrait, le talent n’est pas donné à tout le monde et il faut parfois savoir se faire une raison. Ce n’est pas le cas de Walter, jeune homme perdu dans son monde mais incapable de créer des choses originales. Jeune homme faible, influençable, solitaire malgré lui, il sera prêt à tout pour gagner le respect des gens qui l’entourent. Quitte à sacrifier son prochain.

Un baquet de sang est un projet gentiment barré, illuminé par la présence de l’acteur Dick Miller dans le rôle principal. Il donne à Walter une folle vulnérabilité, compose un personnage d’homme-enfant qui se mute progressivement en machine à tuer. Mais est-ce vraiment lui le bourreau ? Passée la désillusion qui va avec le constat que tout le monde ne s’improvise pas artiste, notre serveur complexé va prendre au mot tout ce que dit le poète des alentours : qu’il ne faut pas hésiter à mettre les vies humaines au service de l’art.

Le réalisateur Roger Corman écorche de façon jouissive les beatniks, tous ces pseudos artistes mégalos qui font de grand discours mais qui ne propagent que du vent. Sont aussi égratignés les bourgeois qui se plaisent à collectionner les œuvres d’art ou à soutenir des artistes pour se sentir « importants ». Réflexion sur les limites de l’art, sa marchandisation , ses excès, Un baquet de sang est aussi dérangeant que corrosif. Un film culte à redécouvrir.

Film sorti en 1959 et disponible en DVD

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)