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UN JEUNE HOMME DE BONNE FAMILLE : le film de Sébastien Lifshitz sur Claude Loir

Critique du film Un jeune homme de bonne famille de Sébastien Lifshitz qui retrace la vie de Claude Loir, acteur emblématique d’un certain cinéma des années 1970.

L’air de rien, Sébastien Lifshitz s’est petit à petit imposé comme l’un des réalisateurs les plus aimés et populaires du cinéma documentaire tout en dressant des portraits queer toujours touchants et marquants. On n’est pas si surpris qu’il ait été attiré par l’histoire de Claude Loir, acteur de films adultes hétéros et homos dans les années 1970 qui a sorti en 2023 ses mémoires dans un très beau livre, Confessions Païennes.

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La découverte d’une figure fascinante du cinéma adulte

Ici on avait eu la joie de découvrir cette figure iconique dans le film D’hommes à hommes qui avait pu bénéficier d’une projection exceptionnelle au festival Chéries Chéris de Paris en 2023 (en présence de Claude Loir, extrêmement sympathique et généreux). Le titre de ce documentaire est parfaitement choisi car le magnétisme de Claude Loir dans ses films se distingue par ce je ne sais quoi de jeune homme au phrasé raffiné, qui présente bien, lisse, doté d’une élégance naturelle… et qui le rend d’autant plus redoutable quand il se met à parler crument ou à lâcher les chevaux. Ici il n’a suffi que d’un film pour qu’il exerce une totale fascination et nous envoûte par son charme.

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Une jeunesse cabossée et un destin imprévisible

Mais le vrai Claude Loir n’est pas tout à fait le charmant hétéro bien né s’acoquinant parfois avec des hommes que le cinéma adulte de l’époque a pu montrer. Il a plutôt grandi dans une famille modeste, livré à lui-même, père absent, mère incapable de s’occuper de lui et de lui donner l’affection qu’il espérait. Il passe par un internat, par l’armée et puis il laisse le destin faire son oeuvre. Et le destin va à de multiples reprises l’amener à prendre des directions inattendues. Toujours en quête de rencontres, de lien, épris de liberté, ouvert à l’imprévu, Claude Loir va explorer son homosexualité à Cannes et y rencontrer un homme lui proposant de le suivre à Paris. Il se laisse  alors tenter et découvre la capitale de l’époque, dont l’esthétique ne lui plait guère mais où le parfum de sexe qui plane dans de nombreux endroits ouvre son appétit et son goût du risque.

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Paris années 1970 : liberté, désir et clandestinité

À travers le témoignage de Claude Loir, Sébastien Lifshitz raconte le Paris des années 1970 où tout semblait possible (ou presque) : bien que l’homosexualité était vécue clandestinement, on savait où aller pour faire des rencontres, des bars et ruelles truffés de gigolos en passant par les pissotières ou les Tuileries. Le charmant Claude a rapidement multiplié les rencontres et tissé des amitiés, tenté de devenir acteur et s’est retrouvé un peu sur un malentendu sur un tournage de film adulte. Son aisance et son charisme naturel devant la caméra ont rapidement attiré les convoitises et à l’heure où le cinéma x faisait le bonheur des salles de cinéma dans un élan de libération des moeurs, il a pu vivre les belles heures d’un Paris libre et iconique.

La fin d’un âge d’or et le prix de l’hédonisme

Toutes les bonnes choses ont hélas souvent une fin et ceux qui ont pu goûter à l’hédonisme des seventies ont eu l’impression de devoir payer une lourde addition ensuite : les politiques renouant avec le conservatisme avec les éternels clichés sur l’industrie du x et aussi et surtout une tristement célèbre épidémie venant transformer la vie des homosexuels en cauchemar pendant plus d’une décennie ont tout ravagé.

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Un témoignage intime entre mémoire et émotion

Devant l’objectif de Sébastien Lifshitz, Claude Loir s’émeut souvent. Pour ce qu’il n’a pas eu (l’affection réciproque d’une mère, la présence d’un père) et ce qu’il a perdu (les années de folle liberté, les amis chers envolés, la sécurité volant en éclat avec le Fisc qui lui a longtemps couru après).

On suit l’histoire de cet homme qui retrace sa vie, une jeunesse devenue souvenir, mirage, et qui essaie de faire la paix avec ce qu’il a laissé pour avancer de façon apaisée. A travers son récit, on repense nous-même à notre vie, à nos paradis perdus et l’ensemble a quelque chose de très émouvant et d’universel. En bonus : Sébastien Lifshitz mêle aux mémoires de Claude Loir de nombreuses archives : de la vie parisienne de l’époque, de la filmographie de Loir mais aussi de nombreux films gays vintage cultes. Un must.

Film sorti en 2026 sur la plateforme d’Arte

D’autres films nous replongeant dans la vie gay des années 1970 :
Johan
New York City Inferno