BOY : Une âme blessée, le film douloureux de Søren Green
Critique du film gay BOY : Une âme blessée (BOY : Bruises of Yesterday) de Søren Green sur un adolescent en pleine crise identitaire. Douloureux et touchant.
Un film danois sur l’errance adolescente
Danemark. Tobias (Noa Risbro Hjerrild) est un adolescent de 16 ans en errance bien malgré lui. C’est l’été, on comprend qu’il n’a pas trop d’amis et il vit seul avec sa mère divorcée. Celle-ci le confie pour quelques temps à ses grands parents car elle doit aller travailler à l’étranger. En arrivant chez ses grands-parents, Tobias comprend que sa grand-mère ne va pas bien et que sa santé est gravement en train de se dégrader. Il apprécie toutefois les environs et se lie avec un garçon plus âgé du coin, Aron (Alexander Mayah Larsen). Ce dernier semble deviner que Tobias n’est pas majeur mais lui tourne quand même autour…

Une spirale intime et familiale
Alors qu’Aron et Tobias commencent doucement à se rapprocher, le grand-père de l’adolescent l’envoie chez son père (il préfère être seul pour s’occuper de la grand-mère très souffrante). Tobias ne s’étant jamais bien entendu avec son paternel, les choses finissent vite par dégénérer et il revient chez son papy…mais apprend alors que sa grand-mère vient de mourir. Cette disparition et un sentiment profond d’abandon (son père a refait sa vie avec une nouvelle famille, sa mère ne lui donne pas du tout l’amour dont il a besoin, son grand-père est absorbé par son deuil, Aron l’objet de son affection tâtonne car conscient de la nature problématique de leur relation) vont réveiller chez Tobias des penchants destructeurs.

Descente émotionnelle et perte de repères
Portrait très sensible et assez sombre d’un adolescent livré à lui-même et en cruel manque d’affection, BOY nous fait ressentir le chaos émotionnel de celui-ci. On a beaucoup de tristesse et d’empathie pour ce pauvre jeune homme qui ne mérite pas ça et qui essaie de trouver par tous les moyens une épaule pour le consoler. La première partie du métrage, lente et faussement douce, presque implacable, amène le personnage vers le précipice alors que le sort s’acharne de plus en plus sur lui. La deuxième partie le propulse dans les abysses alors qu’il cède aux sirènes vénéneuses de l’auto-destruction. Cela passe par une brutalité que Tobias a envers lui-même (il se fait physiquement du mal) et aussi par un plongeon vers l’interdit : l’adolescent, conscient du charme de sa jeunesse, va découvrir des toilettes publiques où des hommes âgés viennent explorer leur homosexualité de façon plus ou moins naturelles ou tarifées…

Regards adultes et zones d’ombre
Sans jamais céder au pathos, BOY a la main lourde sur le monde des adultes : entourage familial qui ne tient pas ses responsabilités et ne mesure pas les conséquences d’un manque d’attention, hommes prédateurs plus ou moins assumés qui exploitent à leur façon l’innocence et la détresse d’un garçon paumé. Le film ne juge pas et apporte de la nuance (le personnage d’Aron qui drague Tobias puis culpabilise et essaie de se refaire une conduite en jouant le grand-frère, le garçon TDS qui l’introduit à un monde dangereux avant de réaliser son erreur). C’est un visionnage qui fait un peu mal par la douleur et la tristesse explorées mais qui appelle aussi à la compréhension et qui ne sacrifie pas totalement son personnage principal qu’on a envie de secourir à chaque plan.
Disponibilité du film
Film produit en 2024 et disponible sur Queerscreen
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