FICTIONS LGBT

BROS de Nicholas Stoller : tentative de « grande » comédie romantique gay

By  | 

BROS a fait pas mal de bruit aux Etats-Unis. Vendue comme « la première comédie romantique gay produite par un gros studio américain » elle a pour tête d’affiche, scénariste et producteur délégué Billy Eichner (bien connu aux US pour ses délirantes interviews Billy on the street). Si hélas le film a fait un flop au box office (américain comme international) était-il vraiment à la hauteur des espérances ? La réponse est malheureusement « pas tout à fait ». 

On suit le personnage principal, Bobby (Billy Eichner), un podcasteur gay à succès, « voix qui compte » dans la communauté LGBT médiatique et qui s’apprête avec son équipe à lancer le premier musée historique LGBT de New York. Intello, vif et mordant, Bobby ne fait pas toujours l’unanimité autour de lui mais est doté d’une belle assurance qui lui permet souvent de faire avancer ses projets professionnels. Côté vie perso, c’est plutôt le désert : il prône un célibat hédoniste, clame qu’il n’y a pas de « love is love » en réalité et que les histoires entre mecs ne sont pas pareilles que celles entre un homme et une femme. Il se complait dans une certaine culture gay qui consiste à accumuler les plans éphémères, s’amuser et ainsi éviter toute souffrance émotionnelle. Mais on devine que quelque part sous sa carapace il y a un petit coeur qui bat. 

Un soir en boite de nuit, Bobby a un coup de coeur pour un grand mec musclé (et dont il parait qu’il n’est pas super intéressant et plutôt superficiel) : Aaron (Luke MacFarlane). Un petit jeu du chat et de la souris s’instaure entre eux. Ils n’ont pas franchement grand chose en commun, ni l’un ni l’autre ne dit avoir envie de se poser mais l’attraction est là. Se pourrait-il qu’une romance se matérialise ? 

bros film gay

Dès le début, Billy Eichner accumule les petits pics mordants et amusants, se faisant une joie de se moquer de la communauté gay et plus globalement LGBT. Les divisions au sein de la commu, les clichés dans lesquels les gays ne peuvent s’empêcher de tomber, tout un tas de références détournées… On ne peut pas nier que la qualité de l’écriture est souvent au rendez-vous (les répliques bien senties et incisives abondent) mais elle apparaitra sans doute pour une partie du public comme trop américaine et niche dans ses références. C’est globalement tout le soucis du projet : pour une première grosse comédie romantique gay produite par un studio hollywoodien rien n’est ici vraiment fédérateur ou fait pour toucher le grand public ou l’amener à s’identifier. 

Le casting déjà. Si on ne peut que saluer la volonté de la production qui a souhaité ne faire tourner que des talents LGBT « out » dans la vie, le duo principal n’est pas des plus attrayants en terme de notoriété. En dehors des Etats-Unis, peu de gens connaissent Billy Eichner et Luke MacFarlane, qui était très bien dans la série Brothers & Sisters, est surtout connu pour avoir joué dans des comédies de Noël produites par des chaines de supermarché (les clins d’oeil dans le film lui sont sans doute adressés de façon espiègle). Pour être un succès, le film aurait gagné à au moins mettre quelqu’un de connu en tête d’affiche. On peut entendre que peu d’acteurs identifiés sont out mais il y avait par exemple des personnalités un minimum plus « bankable » ou populaires chez les gays qui auraient pu donner plus envie et ajouter une touche de glamour et de qualité d’interprétation : Russell Tovey, Jonathan Groff ou Matt Bomer par exemple. 

bros film gay

Au-delà de cet aspect qui est davantage de l’ordre du marketing, c’est un goût tout personnel mais j’ai trouvé que Luke MacFarlane n’était tout simplement pas très bon dans ce film voire une grosse erreur de casting. Depuis Brothers & Sisters, il a sacrément fait de la gonflette et il accentue beaucoup le côté butch ici (sa voix grave semble parfois un peu forcée, ce look hunk ricain avec sa casquette). Hélas son personnage est un cliché de gros bras (avec forcément un coeur tendre à l’intérieur). Il a quelque chose de figé, n’est pas assez développé, manque cruellement de charisme et d’aspérité.

L’alchimie à l’écran entre Billy Eichner et Luke MacFarlane ne prend qu’à moitié. Ca n’est jamais vraiment complètement craquant et quand ça finit par chercher à l’être on tombe dans la mièvrerie ou les poncifs. On s’amuse plus quand cette comédie joue la carte du subversif que celle du romantisme. Ne pas être emporté par une histoire d’amour quand le genre du film est une comédie romantique est tout de même un problème. 

On sent le poids qui pesait sur les épaules de toute l’équipe à l’idée de matérialiser cette fameuse première « grande » comédie romantique gay de studio (cela est même évoqué directement en début de métrage). Billy Eichner et les autres ont beau user de nombreuses blagues souvent efficaces (il y a des scènes vraiment hilarantes), en tant que romcom l’ensemble ne fait pas franchement mouche. Et si personnellement le personnage principal de Bobby m’a plutôt fait marrer, il ne plaira certainement pas à tout le monde. Choisir en héros un gay de 40 ans à fond dans la culture gay et névrosé était un choix périlleux. Et même s’il n’arrête pas de répéter qu’il n’est pas dans un cliché, le personnage l’est pourtant bien (il fait mine qu’il est complexé mais il est en réalité ultra bien gaulé, c’est une fois de plus un rôle de « lead » avec un blanc qui a de l’argent et un grand appart dans une grande vile, désolé !)

Trop bobo gay new yorkais dans ses références, mettant essentiellement en scène des mecs gaulés comme des mannequins, Bros manque de charme, d’authenticité, de fêlures universelles, de profondeur.  L’intrigue essaie de capter quelque chose de l’ère du temps, des relations pas évidentes entre mecs, d’une histoire LGBT qu’on cherche encore à construire et raconter mais reste majoritairement en surface, laisse sur sa faim. 

bros film gay

Certains ont comparé cette production au récent Fire Island (sorti directement en streaming) pour sa façon de se moquer de la communauté gay et ses codes sur un canevas de romcom mais ici cela est fait avec moins d’acuité, d’humanité et d’efficacité (à titre personnel la romance de Fire Island avait fini par m’emporter, ici c’est nettement moins le cas). Ca n’est qui plus est pas hyper inclusif et les seconds rôles sont tous réduits à des caricatures. 

Pour ceux qui veulent voir une comédie romantique sympathique sans se prendre la tête ce long-métrage est honorable et réserve quelques bonnes vannes. Mais il n’est pas au niveau d’une sortie en salles. Outre l’interprétation inégale et un couple qui manque de faire des étincelles, la réalisation est très générique et manque de souffle et de rythme (le réalisateur est Nicholas Stoller qui avait préalablement réalisé Sans Sarah rien ne va et les films Nos pires voisins). 

Malgré tous ses efforts et son budget conséquent en comparaison des productions habituelles du genre (il existe de nombreuses comédies romantiques gays sorties directement en DVD ou VOD), Bros ressemble malheureusement plus à un film de plateforme moyen ou un téléfilm qu’à un film de cinéma qui pourrait prétendre à devenir culte. Au mieux certaines scènes pourraient rester dans les mémoires. 

Cet avis est peut-être un peu dur (car globalement ça se regarde et on passe plutôt un bon moment) mais il y avait une grosse attente sur ce projet qui au final, à tous les niveaux, fait l’effet d’un pétard mouillé. Si vous voulez vraiment voir un film gay feel good, charmant et réussi popandfilms vous conseille Mascarpone sorti directement en DVD cette année par exemple. 

Film sorti au cinéma en France le 19 octobre 2022

Blog rédigé en solo par Gaspard Granaud. Avec la précieuse aide de Pierre pour la période avril-mai 2022, merci <3