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SOMBRE DÉSIR de Leticia Lopez-Margalli : la série plaisir coupable de Netflix

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Entre thriller et passions charnelles, Sombre désir (Oscuro Deseo en VO) a débarqué sur Netflix avec une première saison de 18 épisodes. On ne va pas tourner autour du pot : ça n’est pas très bon ni très quali mais c’est un de ces petits plaisirs coupables qui divertit et auxquels ici on a du mal à résister.

Nous suivons Alma (Maite Perroni), épouse et mère d’une adolescente, Zoe (Regina Pavòn), qui est en proie en doute sur son couple. Son mari Leonardo (Jorge Poza), un juge, est très accaparé par son travail et la délaisse. Elle le soupçonne de la tromper avec son assistante.

Pour se changer les idées, Alma rend visite à sa meilleure amie Brenda (Maria Fernanda Yepes). Cette dernière ne va pas fort non plus : son mari l’a quittée et elle noie son chagrin dans l’alcool. Brenda propose d’aller à une soirée histoire de s’amuser un peu. Sur place, elle se déhanche au milieu d’une multitude de jeunes hommes. Alma, de son côté, est abordée par un jeune inconnu très séduisant, Dario (Alejandro Speitzer). Alors qu’il drague Alma ouvertement, Brenda incite sa copine à se lâcher pour une fois et s’accorder une nuit d’évasion. Après tout, si son mari la trompe, pourquoi n’en ferait-elle pas de même ?

La fin de soirée est torride et Alma et Dario partagent un moment passionné au lit. Mais aussitôt l’acte achevé, Alma lui demande de partir. Le lendemain, elle quitte l’appartement de Brenda et retrouve son époux.

Les jours qui suivent tout part en vrille. Brenda est retrouvée morte chez elle dans sa baignoire. La police parle de suicide mais la piste d’un meurtre n’est pas totalement écartée. Esteban (Erik Hayser), le frère du mari d’Alma, qui est un ancien détective désormais sur la touche suite à un accident, décide d’enquêter de son côté. Et voilà que refait surface par surprise Dario. Il se trouve qu’il va suivre un des cours de criminologie d’Alma qui est prof. Très vite le doute plane : Dario aurait-il quelque chose à voir avec la tragique disparition de Brenda ? D’abord emportée par la passion charnelle de l’adultère, Alma va progressivement réaliser qu’elle est allée trop loin et probablement pas du tout avec la bonne personne…

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Le pilote de Sombre désir n’est pas des plus ragoûtants : c’est un peu cheap, la mise en scène n’est pas subtile (notamment à cause d’une accumulation de flashbacks qui semblent vraiment prendre les spectateurs pour des quiches), l’interprétation n’impressionne pas vraiment, les clichés du genre thriller érotique abondent. Mais il y a le charme du beau Alejandro Speitzer (également vu dans la série Quelqu’un doit mourir et qui est ici aussi hot qu’étonnant). Le comédien n’est clairement pas très pudique et use et abuse de ses charmes pour arriver à ses fins dans ce show qui ressemble à un reboot de téléfilm rose des années 1990 (en même temps rien que le titre « Sombre désir » annonçait un peu la couleur).

Se déploie petit à petit une intrigue en mode Liaison Fatale. Et plus on avance, plus on se laisse avoir et cela devient complètement addictif ! Car mine de rien les personnages ont bien plus d’épaisseur qu’ils n’en ont l’air et les retournements de situation vont abonder. Personne n’est vraiment celui qu’il prétend ou pense être. Les fausses pistes se multiplient et on se met à imaginer les choses les plus folles.

Il faut reconnaitre aux scénaristes un certain talent pour tenir le public en haleine. Au fil des épisodes, la série se bonifie, la mise en scène et le jeu des comédiens s’affirment. Et on est surpris de se dire qu’au final tout ça n’est pas si mal. La noirceur et le glauque gagnent du terrain, l’hystérie est parfois de mise. Sombre désir est une série « too much », certainement pas réaliste, mais elle dispose de ce drôle d’élan propres aux soaps sans pudeur, propage ce plaisir contagieux de se perdre au coeur d’affaires qui se recoupent, tordues et inattendues.

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Au coeur de l’ensemble, évidemment le thème de l’adultère, de la jalousie et du désir de possession qui peut rendre fou (et cela même au-delà de l’intimité : on peut désirer la chair autant que le pouvoir, l’argent). Mis à part le personnage de la douce adolescente Zoe qui est en pleine quête d’elle-même, tous les adultes qui gravitent autour d’elle sont borderline, se mentent à eux-mêmes ou aux autres. Qui pourra sortir la tête de l’eau, accéder à la rédemption, et qui se perdra rongé par ses pulsions et obsessions ?

Si le final déçoit un peu (on s’attendait à une conclusion moins brouillonne et alambiquée, on attendait tout simplement trop grâce à une montée en puissance nous faisant joyeusement basculer dans une atmosphère totalement parano), il ne manque pas de mordant. Nombreux sont les personnages qui vont être pris à leur propre piège alors que les masques vont peu à peu tomber.

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Enfin, en filigrane, louons la volonté de la série de mettre les femmes au premier plan. Plus ou moins subtilement, Sombre désir évoque le regard culpabilisant ou brutal des hommes face à des femmes sexuellement émancipées, la misogynie et le patriarcat. Une femme qui trompe ou qui vit librement sa sexualité reste encore tristement pour beaucoup de monde une garce alors qu’un homme ne sera qu’un coureur ou un bon vivant… On aime comment ici ce sont plutôt les hommes qui deviennent des objets de désir, des corps de plaisir, des amants impuissants.

Ça n’est clairement pas la série de l’année mais si vous avez envie d’un truc un peu régressif pour vous occuper et que vous êtes fans des thrillers érotiques, Sombre désir devrait vous amuser un minimum et vous attraper dans ses filets avec ses personnages ambivalents et son suspense certes un peu lourdaud mais souvent redoutablement efficace.

Série sortie en 2020 sur Netflix

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)